Marjana Semkina – Sleepwalking


Le 14 février dernier, la chanteuse du groupe de prog Iamthemorning profitait de la fête des amoureux pour sortir un album ... toute seule, intitulé Sleepwalking. Et vu la pochette et le titre, on se doute bien que les compositions ne vont pas célébrer l'amour et la joie profonde. Un an après son camarade Gleb Kolyadin et son album solo, c'est donc au tour de Marjana de sauter le pas. On vous le décortique tout de suite.

Les fans du duo Iamthemorning ne seront pas décontenancés : on est dès le début dans du prog, voire du chamber prog. Pour les néophytes, un petit point s’impose : le chamber prog est un style hybride entre le rock progressif et la chamber pop (ou pop de chambre, rien à voir avec le sport de chambre) qui fait appel à un style de pop très portée sur les orchestrations, les violons, etc. Et puisqu’on en parle, les cordes jouent un rôle prépondérant sur cet album et permettent clairement d’insuffler de la vie dans des compositions qui, au départ, peuvent sembler répétitives et un peu mornes. Ainsi lorsqu’on écoute pour la première fois "Am I Sleeping", on peut être rebuté par le côté cyclique de la composition mais en tendant l’oreille, on peut se raccrocher sur le piano, fil conducteur du morceau et sur l’ensemble de cordes qui fait un travail remarquable.

On est en plein dans un style progressif contemplatif et atmosphérique et l’ennui pourrait vite arriver comme sur "Mermaid Song", avec sa ligne de chant assez plate. Sauf que sur la pluart des morceaux, il se passe énormément de choses en arrière plan. Sleepwalking est donc un album exigeant qui nécessite de s’attarder longuement sur les compositions et de bien faire attention. Impossible donc pour l’auditeur de capter les nuances si celui-ci est dans son Renault Espace en pleine heure de pointes avec les enfants sur la banquette arrière. Marjana nous invite à nous poser, le temps de quelques chansons pour que le temps s’arrête et que seule la musique compte.

Nous ne vous garantissons pas qu’après l’écoute vous vous sentiez plein d’énergie et de gaîté : la Russe a puisé dans ses sentiments les plus sombres pour composer des morceaux intenses et assez dépressifs. Les paroles sont assez profondes et déprimantes. Prenons par exemple celles de "Everything Burns" qui commence par "J’ai énormément souffert, ma peau brûle et je suis en feu". Pas forcément très joyeux mais Marjana termine quand même avec une note d’espoir en nous exhortant à ne compter que sur nous même pour vaincre l’adversité. Néanmoins ce morceau, par exemple, possède quelque chose de jouissif dans sa rythmique et son groove qui rappelleront à certains le trip hop de Portishead.

Car finalement, dans cet océan de noirceur et de dépression, le salut vient notamment de la versatilité des compositions et notamment du chant de Marjana. Il aurait été étonnant que la chanteuse ne veuille pas montrer toute l’étendue de ses capacités dans un album solo. Et quelles capacités : tantôt jazzy comme Beth Gibbons, parfois celtique comme Cecil Corbel sur "Lost at Sea" ou même céleste comme Enya sur le morceau Invisible.

Quelques morceaux un peu plus rythmés dynamisent l’écoute de l’album comme "Turn Back Time", sorte de valse pop, "Skin" et son groove très subtil du au batteur Craig Bundell qui officie en tournée avec Steven Wilson et Steve Hackett ou même "Still Life", plus classique, grâce à l’intervention de Jordan Rudess, le claviériste de Dream Theater.

Il en résulte donc un album qui pourrait facilement rebuter lors de la première écoute mais qui au final, se révèle varié et intéressant comme un bon vin. Avis donc aux amateurs qui ont envie de se poser quelques instants, de voir ce que Marjana peut faire sans Gleb Kolyadin et de partir à la chasse au trésor.

Sorti le 14 février - label Kscope et vous pouvez l'acheter sur bandcamp.



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