Grey Daze – Amends

Au départ, Grey Daze n’était qu’un petit groupe de grunge de l’Arizona, dissous en 1998 après le départ de son chanteur. Ledit chanteur étant devenu le vocaliste de Linkin Park, la réunion du groupe en 2017 et l’annonce d’un album regroupant d’anciennes chansons avait suscité un certain intérêt. L’album sort finalement trois ans après et se présente comme un objet hybride : il ne s’agit ni d’un best-of, ni d’un nouvel album studio constitué d’inédits, mais d’un nouvel enregistrement de nouveaux morceaux, parfois complètement revisités.

Amends n’aurait pu être qu’un album marquant la réunion d’un groupe séparé vingt ans avant, il a pris une dimension très particulière de par le suicide du chanteur Chester Bennington alors que Grey Daze travaillait sur l’album. Finalisé et publié avec l’accord de la famille du chanteur – dont le fils Jaime a réalisé le clip de « Soul Song », sur laquelle il chante également – l’album prend donc des allures d’hommage posthume. Reprenant uniquement d’anciennes chansons du groupe (issues des deux albums parus dans les années 90, Wake Me et ...No Sun), mais complètement réenregistrées, avec de nombreux invités, l’album offre à voir à la fois ce que le groupe a été et ce qu’il aurait pu devenir.

Si l’on considère Amends comme un objet indépendant, il s’écoute comme un album post-grunge de très bonne facture, relativement homogène mais avec une certaine diversité, de titres rapides et saturées à quelques ballades en passant par des mid-tempi énervés. Les morceaux sont indéniablement efficaces : les guitares (Cristin Davis, recruté pour l'album, accompagné de quelques invités), plus ou moins saturées, sont mises en avant sur la plupart des titres, il s’en dégage une certaine violence cependant un peu lissée par une production qui permet à chaque instrument de s’exprimer mais reste peut-être un peu trop propre.

La batterie (Sean Dowdell, cofondateur du groupe) est assez utilitaire sur certains morceaux mais est beaucoup plus mise en avant sur d’autres (« B12 »,  entre autres), maintenant la tension dans les morceaux. Quant à la basse (Mace Beyers, présent depuis 1995, aux claviers, aux quelques cordes disséminés sur le disque, ils donnent plus de rondeur et de profondeur au son, mais sans jamais prendre le pas sur les guitares et la voix. De l’ensemble sourd une inexorable mélancolie, qui contraste avec les grosses guitares et rend l’ensemble poignant.

Mais l’album étant une succession de réenregistrements, il est légitime de comparer les différentes chansons avec leurs versions originelles. Le changement est tout sauf cosmétique : si la production est évidemment beaucoup plus massive et plus propre, les instruments et les arrangements eux-mêmes sont à la fois beaucoup plus travaillés et beaucoup plus puissants. La production hasardeuse et sous-mixée du début a laissé place à un son plus carré et qui met plus en valeur les instruments, même si d’aucuns pourraient trouver ce son justement trop propre pour du grunge.

Les instruments sont plus maîtrisés – exit les approximations techniques des débuts et peuvent mieux s’exprimer. S’il arrive que le surplus d’arrangements desserve la chanson – la nouvelle version de « The Syndrome » introduit des claviers qui n’apportent pas grand-ϲhose et perd le côté entêtant des guitares originelles – c’est le plus souvent l’inverse. « In Time » offre plus de variations, avec notamment ses claviers et ses cordes ; « Just Like Heroin » passe d’une ballade épurée à un morceau lent mais tout en tension où les guitares se durcissent progressivement ; « Soul Song » et « Morei Sky » prennent également une dimension supplémentaire.

Mais c’est bien la voix de Chester Bennington qui impressionne le plus. Elle n’a pas pu être réenregistrée, et ce sont donc les pistes d’origine que l’on entend. Il est stupéfiant de se dire qu’elles ont été enregistrées alors qu’il avait vingt ans. Sa voix, indéniablement puissante, se fait tour à tour claire, rauque, éraillée, chuchotée ou criée. Surtout, qu’elle soit écorchée, fragile ou puissante, elle fait passer énormément d’émotions, incarnant de façon poignante les textes souvent sombres écrits par Bennington et Dowdell. On a d’ailleurs parfois du mal à croire que la voix n’ait pas du tout été enregistrée : sur certains titres, elle semble encore plus prenante que sur les premières versions, la production revisitée et la plus grande tension des instruments la mettent vraiment en valeur et lui donnent une ampleur inédite.

Si l’album ne révolutionnera pas le monde de la musique – après tout, les chansons ont été écrites il y a plus de vingt ans – il s’apprécie comme un disque très solide, alliant guitares puissantes, mélodies et mélancolies, et il est surtout un très beau témoignage du talent d’un groupe et surtout d’un chanteur qui a marqué une génération.


Tracklist
1- Sickness
2- Sometimes
3- What's in the Eye
4- The Syndrome
5- In Time
6- Just like Heroine
7- B12
8- Soul Song
9- Morei Sky
10- She Shines
11- Shouting out

Sortie de l'album le 26 juin chez Loma Vista Recordings

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NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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