Long Distance Calling – How Do We Want To Live ?

Comment voulons-nous vivre ? Il y a de quoi admettre que la question est pertinente en 2020, où le futur semble particulièrement incertain et où une partie de l’humanité souhaite une réelle remise en question de notre mode de vie. Même si la crise sanitaire qui frappe de plein fouet le monde n’est pas directement à l’origine de ce titre d’album et de cette interrogation, Long Distance Calling se (et nous) la pose, à travers neuf titres instrumentaux et un chanté, pour un résultat réussi, bien que déstabilisant.

Après les grands espaces et la nature qui avaient inspiré Boundless à Long Distance Calling il y a deux ans, c’est au tour de la science-fiction de servir de toile de fond à How Do We Want to Live ? Avec ce changement de thématique, le quatuor allemand de post-rock / progressif fait également évoluer ses sonorités qui collent à merveille avec l’ambiance recherchée. En effet, comme l’artwork le met en évidence, les Allemands s’inspirent des récits d’anticipation de la seconde moitié du XXème siècle. Bien que purement instrumentale, l’œuvre du groupe porte ces thématiques en son cœur. Tour à tour, l’imagerie développée et les questionnements autour de l’humanité (« Ashes » pas tendre avec l’espèce humaine) et de l’intelligence artificielle évoquent les écrits de Philip K. Dick, Robert Heinlein ou encore Isaac Asimov.

C’est d’ailleurs la grande force du quatuor. En disséminant çà et là des samples de dialogues (« Ashes », « Hazard ») ou des sonorités de claviers 80’s, le groupe plonge immédiatement l’auditeur dans cet univers SF. Dès « Curiosity Pt1 », le grand écart est réalisé avec Boundless. Long Distance Calling flirte presque parfois avec l’électro ou le trip-hop (« Ashes », « Voices », « True/Negative »). A titre d’exemple, mentionnons également la première partie de « Hazard » presque dansante avec sa rythmique binaire et son couple basse/batterie, qui surprend avant une belle envolée de guitare, lyrique et atmosphérique. Ce n’est certes pas une nouveauté, TRIPS (2016) osait un pas de façon assumée vers cette direction artistique. Sur How Do We Want To Live ? la démarche est une fois de plus pleinement revendiquée mais nourrit également un propos thématique qui s’y prête bien.

Pourtant, les Allemands restent avant tout un groupe de rock et les guitares de Florian Füntmann et David Jordan savent se faire mordantes (« Curiosity Pt2 »), planantes et mélancoliques comme sur « Hazard » où l’ombre d’un Steve Rothery (Marillion) n’est pas toujours très loin. De même, on songe régulièrement à Pink Floyd (d’ailleurs, le titre de l’album semble être un écho de celui du dernier album solo de Roger Waters, Is this the Life we really Want ?) ou Anathema (« Fail/Opportunity »). Et pourtant, malgré ces références, Long Distance Calling reste fermement ancré dans une démarche qui emprunte autant au prog (« Sharing Thoughts ») qu’au post-rock (« Fail/Opportunity », l’atmosphérique « Ashes »), voire au metal (« Curiosity Pt 2 » à 3:00 ou la fin d’ « Immunity »).

Dans cette direction artistique maîtrisée qui permet au quatuor de proposer des thèmes forts et de se passer aisément de vocaliste, le seul titre chanté, « Beyond Your Limits », casse un peu la dynamique. Les premières écoutes de ce morceau, interprété par Eric A. Pulverich (Kyles Tolone) déçoivent un peu en raison du caractère presque pop de la voix du chanteur (on songe parfois au timbre d’un Phil Collins), et du fait qu’une version instrumentale se serait suffi à elle-même. Et pourtant, au fur et à mesure des écoutes, un goût de reviens-y et de plaisir coupable se faire sentir, les mélodies vocales étant totalement accrocheuses.

Après un chef d’œuvre tel que Boundless, Long Distance Calling a choisi d’appréhender ce nouvel album à travers une nouvelle direction artistique. Certes, celle-ci est déstabilisante lors des premières écoutes, et pourtant tous les titres de ce How Do We Want To Live ? deviennent rapidement addictifs. Musique et thématique SF s’entremêlent dans un ensemble cohérent où le concept ne prend jamais le pas sur la mélodie. La prise de risque est payante pour les Allemands qui prouvent une fois de plus leur maîtrise de la composition instrumentale et qui s’érigent en fer de lance du post-rock à tendance progressive aux côtés de combos comme God Is An Astronaut ou Collapse Under The Empire.

Note : 8,5/10

Tracklist :

Curiosity (Pt 1)
Curiosity (Pt 2)
Hazard
Voices
Fail / Opportunity
Immunity
Sharing Thoughts
Beyond Your Limits
True/Negative
Ashes

Sortie prévue le 26 juin 2020 chez Inside Out

Photographies : DR André Stephan 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements