Derek Sherinian – The Phoenix

Neuf ans ! Neuf ans qu’on attendait un nouvel album solo de Derek Sherinian alors que celui-ci nous avait habitués à un rythme de deux, trois ans entre chaque opus. La faute à qui ? Tout simplement à l’industrie du disque selon Derek lui-même, qui l’a poussé à se tourner vers d’autres projets pour vivre de son art. On connaît l’œuvre du claviériste au sein de Dream Theater, Black Country Communion ou encore de Sons of Apollo actuellement, mais il s’est également illustré sur sept albums solo et voici le huitième intitulé The Phoenix, qui sort le 11 septembre sur le label Inside Out Music. De l’eau a coulé sous les ponts depuis Oceana qui avait reçu des critiques très favorables. Alors est-ce que Derek est toujours inspiré ? C’est ce que nous allons voir.

Inspiré, il l’est : tout d’abord par Van Halen dont il ne cache pas son admiration. En effet l’album s’ouvre par un solo de Derek dans la veine d « Eruption » (morceau qu’il a l’habitude de reprendre en live) pour ensuite faire de la place à Simon Phillips, qui office à la batterie et à la production, puis à la basse complètement folle de Billy Sheehan son compère de toujours. On imagine bien le rendu en live avec chaque musicien qui prend sa place sur scène pour débuter tambours battants. Puis le premier guitariste invité, Zakk Wylde lui aussi décide de poser son solo. En une minute trente, la messe est dite : le morceau va défiler à toute vitesse avec des parties complètement folles. Attention, ce n’est pas la fête du shred et d’ailleurs tout au long de l’album, Derek ne va pas s’employer à nous balancer un déluge de notes à la figure. Mais il faut bien avouer que ce premier morceau décoiffe. Il permet également de noter dès le départ que The Phoenix ne sera pas un album solo de claviériste lambda. Ce sera tout simplement l’album de guitare de l’année.

Derek Sherinian, The Phoenix, Simon Phillips, Zakk Wylde, Steve Vai, Joe Bonamassa, Kiko Loureiro

Le parti pris de Derek est très simple : inviter ses amis guitaristes pour les faire briller. Etonnant de la part d’un personnage qui a souvent un franc parler sur les réseaux sociaux et qui revendique son titre de « King of Keys ». De part le passé, Derek Sherinian a déjà fait preuve de générosité en s’effaçant au profit des autres membres de son groupe ou invités sur son album solo, mais sur cet album, c’est flagrant. Il en résulte donc un opus qui plaira aux guitaristes et qui permettra de prouver encore une fois que le claviériste de Sons of Apollo sait s’adapter à n’importe quel style. Le tout, il faut le souligner, servi par une production sublime et une section rythmique impressionnante. Il faut dire qu’avec Simon Phillips aux fûts et avec les meilleurs bassistes au monde, aucune chance de sonner plat.

L’ensemble reste quand même dans la veine de ses albums précédents : un rock fusion assez pêchu  comme sur « Clouds of Ganymede » ou sur « Octopus Pedigree », mais The Phoenix reste quand même à part. Notamment avec le morceau « Dragonfly », composé pour un power trio basse/batterie/claviers qui permet une respiration bienvenue avec son riff complexe aux sonorités jazzy. Complexe ne veut pas forcément dire difficile à assimiler. Car même si Derek apprécie les accords et les sonorités évoluées, les morceaux sont extrêmement bien construits et on évite les compositions faites uniquement de juxtapositions de riffs copiés-collés sans vraiment aucun lien. Sur cet album, nous sommes face à du prog et de la fusion qu’il sera facile de fredonner une fois l’écoute terminée.

L’autre morceau qui sort du lot est « Pesadelo », fruit de la collaboration entre le côté heavy de Derek et le metal hispanique de Kiko Loureiro. A partir d’un riff au Fender Rhodes, les deux compères arrivent à passer du metal puissant à la musique latino américaine, sans se perdre dans un déluge de riffs. Autre preuve que Derek peut innover sans renier ses origines, « Temple of Helios » qui commence comme un morceau de rock prog des années 80 puis évolue, toujours avec ce fil rouge fusion vers les années 70 et le style de Jon Lord.

Parlons enfin de la reprise de Buddy Miles : « Them Changes ». Certes le morceau n’a rien à voir avec le reste de l’album mais l’alchimie entre Derek et Joe Bonamassa se fait largement sentir. C’est old school, du bon vieux rock sans se prendre la tête avec un petit solo magnifique de Joe et une fin avec un florilège d’orgue hammond.

The Phoenix n’est certes pas une révolution complète dans la discographie de Derek Sherinian mais il fait du bien. L’alchimie entre le claviériste et ses amis invités est clairement visible et on imagine déjà la connivence qu’il y a pu avoir lors des sessions d’enregistrement. Moins complexe que ses prédécesseurs, il ravira les fans du musicien mais également les guitaristes fans de guitar heroes ou de solos plus mélodieux. Avec une liste impressionnante d’invités prestigieux, Derek s’est composé un album aux allures de CV qu’il pourra ressortir pour convaincre n’importe quelle star de l’engager.

Tracklist
01. The Phoenix
02. Empyrean Sky
03. Clouds Of Ganymede
04. Dragonfly
05. Temple of Helios
06. Them Changes
07. Octopus Pedigree
08. Pesadelo

Sortie le 18 septembre sur le label Inside Out Music

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements