Neal Morse – Sola Gratia

Le monde du prog semble se réveiller en ce début de décennie : entre Psychotic Waltz et son sommeil de 24 ans, Derek Sherinian et John Petrucci qui sortent des albums solos après une dizaine d’années, c’est au tour de Neal Morse de repartir pour un album de prog solo huit ans après Momentum (sans compter Jesus Christ : The Exorcist qui est un peu à part). A l’origine, cela n’était pas sensé se passer comme cela mais on peut remercier sa femme qui, par un lapsus lui a demandé quand il comptait composer un album « sola » (et non solo). Sautant sur l’occasion, Neal s’est dit qu’avant Martin Luther, qui lui avait donné l’idée de créer Sola Scriptura, un autre personnage historique s’était déjà illustré : Paul de Tarse. Voici donc le multi-instrumentaliste parti pour écrire un énième concept album à inspiration chrétienne intitulé Sola Gratia et sorti depuis le 11 septembre sur le label Inside Out Music.

Neal Morse, Mike Portnoy, Eric Gillette, prog, Sola Gratia

Un album de Neal Morse, c’est comme un repas de famille chez papi mamie : on y revient toujours, on mange toujours la même chose, il y a les mêmes conversations et on repart avec le ventre plein. Alors certes cela nous avait manqué depuis huit ans, mais depuis, Neal a composé des tonnes et des tonnes de concept albums notamment au sein du Neal Morse Band. Et la formule est toujours la même. Certains fans seront heureux de retrouver la formule Morse : une grosse « Overture » avec introduction des thèmes, des cordes à profusion et un style grandiloquent, et bien sûr le bouquet final qui dure onze minutes divisé entre « Glory to the Lord » et « Now I Can See/The Great Commission », le tout arrosé de « Jesus, Oh Lord … » 

Le seul problème c’est qu’on peut commencer à se lasser et sur l’ensemble, il n’y a pas de grosses surprises. Pour la diversité, il faut chercher actuellement du côté des excellents projets Flying Colors et Neal Morse Band dans lesquels des nouvelles têtes comme Casey McPherson ou Eric Gillette arrivent à insuffler un vent d’originalité au musicien qui a déjà composé une quarantaine d’albums. L’autre manque d’originalité vient du line-up lui-même : on retrouve les grands habitués Randy George et Mike Portnoy mais également les compères du Neal Morse Band : Eric Gillette et Bill Hubauer. On a donc globalement un album du NMB sans la variété des autres membres et avec un thème chrétien encore plus fort. Impossible de ne pas penser à « To the River » en écoutant « Glory to the Lord » ou à « Bridge Across Forever » avec « Overflow ». Malheureusement ce dernier met du temps à décoller et est assez répétitif.

On peut alors se demander quel est l’intérêt de l’album dans cette discographie relativement similaire avec cette formule qui reste inchangée. La nouveauté viendra de morceaux relativement puissants et que l’on aura plaisir à écouter en live. Il semblerait que cet album soit construit autour de temps forts comme Building a Wall, Never Change et Seemingly Sincere. Ces trois compositions montrent que même si l’ensemble de la carrière de Neal est basée sur le même style, le « génie du concept album » arrive à se renouveler et à nous proposer un morceau que ne renierait pas Dee Snider (« Building a Wall »), un autre tiré tout droit de The Wall (« Never Change ») et l’ovni Seemingly Sincere avec son arpégiateur futuriste, chose rarement employée par Neal Morse.

Autour de ces tubes, gravitent plusieurs compositions instrumentales qui, pour une raison inconnue et un peu maladroite, ont été séparés. Cela donne l’impression que le style se veut un peu plus pop mais avec des morceaux phares relativement long. Le plus intéressant sera « Warmer than Sunshine », sorte d’ode au prog des années 70 avec son côté très Genesis qui rappellera « Firth of Fifth ». Pour le reste des morceaux instrus, ils servent juste à remplir et sont peut-être mal introduits : on peut se demander par exemple pourquoi Neal n’a pas intégré « March of the Pharisees » dans « Ballyhoo ».
Le reste des morceaux est dans la tradition Morsienne la plus pure avec, quand même, pour susciter l’intérêt du fan, des références musicales à l’album Sola Scriptura, dès la « Preface » notamment où Neal reprend un des thèmes de « The Door ». On retrouvera les paroles « In the Name of God he must die », du même morceau de Sola Scriptura et d’autres idées. Le tout saupoudré de prog hommage aux années 70, des solos toujours aussi intéressants, une production toujours aussi exceptionnelle et d’excellents musiciens.

On se retrouve donc avec un album qui sert plutôt de faire valoir à quelques morceaux qui deviendront sûrement des classiques dans la discographie de Neal Morse mais avec un concept album qui reste du déjà vu et qui est peut-être moins solide au niveau construction. Il n’atteint pas son « grand frère » Sola Scriptura qui lui avait l’audace de proposer de vraies nouveautés. Les fans apprécieront, les néophytes découvriront un des plus grands compositeurs du monde du prog et les autres ne garderont peut-être pas un grand souvenir de cet album. Il faudra se tourner réellement vers les autres projets comme le rafraichissant Flying Colors dont l’album live sort bientôt, le classique Transatlantic qui devrait dans les années à venir refaire un nouvel album et bien sûr le Neal Morse Band, sorte de suite logique et bien plus inspirée.

Sortie le 11 septembre chez Inside Out Music

Tracklist
01. Preface
02. Overture
03. In The Name Of The Lord
04. Ballyhoo (The Chosen Ones)
05. March Of The Pharisees
06. Building A Wall
07. Sola Intermezzo
08. Overflow
09. Warmer Than The Sunshine
10. Never Change
11. Seemingly Sincere
12. The Light On The Road To Damascus
13. The Glory Of The Lord
14. Now I Can See/The Great Commission

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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