Romain Humeau – Echos

2020 nous a mis des sales coups. Des coup de peurs légitimes pour notre santé et celle de nos proches. Des coups de confinement, des coups d’annulations, des coups de distanciation; et nous voilà privés d’embrassades réconfortantes, de concerts transpirants, de grandes tablées rigolardes, de festivals éreintants… de ce qui nous faisait vibrer. À ces coups, on a fait comme l’habitude nous a appris : chercher des explications, rationnelles, pour comprendre, analyser, justifier, mais à force de paroles, d’avis et d’experts, le sens s’est dissout.

Heureusement, d’autres voix se font aussi entendre. Des voix poétiques, qui transcendent la triste réalité de notre sick sad world. Romain Humeau est l’une d’entre elles. Dans l’angoisse, la panique et la paranoïa, d’un coup, les mots nous manquent. On n’a plus envie. À dire vrai, on l’aime Romain Humeau, et on a deja décortiqué à La Grosse Radio, ses mélodies et ses paroles, en solo ou avec Eiffel. Humeau est un véritable chef d’orchestre qui mène son orchestre au gré de l’envie depuis la seconde moitié des années 90. Soit environ la moitié de sa vie passée depuis la sortie du premier Oobik & The Pucks. Car notre bonhomme approche des 50 ans, âge que certains associent à une certaine forme de sagesse. Chez Humeau, l’on peut dire que c’est sa capacité à analyser le monde avec la plus grande des distances claires qui augmente. Sa poésie si personnelle (on retrouve souvent certains mots, sonorités, expressions au gré des années) s’affine autant que sa maîtrise des mélodies s’aiguise. C’est toute la beauté de vivre dans et pour son art, avec et pour son public. Public, que, nous l’espérons fort, il pourra retrouver au plus vite avec Estelle, Hugo, Nicolas et toute la bande…

Ici, pour Echos, son cinquième album solo (si l’on compte Vendredi ou les limbes du Pacifique), c’est à l’instinct que nous allons nous taire et écouter. Et les réponses viennent. Elles résonnent dans nos boîtes crâniennes. Vous n’avez pas besoin d’explication de textes. Laissez-vous aller, le cœur au vent, à capter au fil de ses chansons un mot, une idée à ruminer car les « cils de nos nuits papillonnent dans l’éternité« . Car Romain Humeau est le poète dont nous tous besoin dans nos vies, pour « le froufrou des ondes, ange d’or, auxquels nos corps font échos« . Nous en avons tous besoin, selon moi, car à voir le Top 50 de la semaine dernière, ce n’est pas l’effet que ça fait. Le grand public préférant la facilité et le choc à la fantaisie et la poésie. Qu’importe finalement, on fait ce constat pour toutes les sorties d’artistes intéressants, soit délaissés soit mésestimés. Peut-être que l’air du temps changera. Pour l’instant, il faut faire sans. Et de toutes façons, Humeau n’en a cure, il est hors-temps, « vagabond, il traverse le temps, de tout son long, le cœur au vent« .

Romain Humeau, Echos, album
crédit photo : Benoit Peverrelli

Pour les thèmes de l’album, après ce que nous vous avons écrit, nous préférons vous laisser porter par les neuf chansons qui composent Echos. La musique se meurt dans les affres de la maladie contemporaine. Lui permettre de vivre est de l’écouter, par tous les moyens. Et si nous ne pouvons rencontrer les artistes sur scène, il faut laisser brancher nos platines vinyles, nos lecteurs CD, acheter leurs œuvres aux artistes sur leurs sites. Ces œuvres personnelles, ils les font pour eux mais en pensant à nous, et qui sommes-nous ici pour les juger dans nos maigres colonnes. Si nous devions tirer une morale, ce serait celle de prendre le temps de l’observation, de la fantaisie, du recul, de l’écoute. Et Echos est parfait pour s’y abandonner.

Sortie le 18 septembre chez Seed Bombs Music

Merci à Laëtitia…

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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