Animal Triste – Animal Triste

L’animal a bien des raisons d’être triste en ces temps troublés, mais à l’écouter et à le lire, il semble surtout possédé par une  nostalgie pour une ère musicale que notre prisme contemporain fantasme plus authentique et moins dépendante de la technologie. Avec ce premier album, il se confronte aux fantômes du passé, tout en cherchant à échapper au statut de mort-vivant.

En suspens, hors du temps, la musique d’Animal Triste, tout comme ses musiciens, est difficile à dater aux premières écoutes : s’agit-il de vénérables anciens ayant modernisé leur son, ou de jeunes insouciants prisonniers des voix des ancêtres ? Une fois la confusion dissipée, les déclarations du groupe aident à donner un éclairage à sa musique : six jeunes musiciens à la nostalgie assumée pour une époque révolue, si tant est qu’elle ait jamais existé, où le rock était brut, sans artifice, sans débauche technologique, se contentait d’instruments électriques et d’émotions organiques. Ce disque, c’est une ode à l’analogique.

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Des jeunes qui veulent faire de la musique comme les vieux, les écueils sont palpables : ne pas tenir la comparaison avec les maîtres du genre, ou sentir un peu trop fort la naphtaline. Le groupe échappe aux deux avec désinvolture. Son rock aux tonalités changeantes, ultra mélodique, tour à tour sombre et lumineux, s’inscrit dans les traces des plus grands du genre tout en traçant sa propre voix.

Le morceau d’ouverture, « Darkette »  crépusculaire, racé, hypnotisant, suffit presque à lui seul à convaincre. Le motif obsédant de guitare, la voix qui évoque vaguement un Brian Molko d’une autre époque, les arrangements donnent un morceau lent, froid et triste, et de façon contre-intuitive, c’est pourtant une introduction formidable. Même quand le tempo accélère un tant soit peu, que la basse et la batterie se font entendre, il reste dans ce morceau une tristesse qui confine presque au désespoir, et pourtant, l’énergie est bien là.

L’album oscille entre une certaine noirceur raffinée et un optimisme, parfois au sein des mêmes morceaux. « Wild at Heart » ou « Sky Is Something New » sonnent intensément mélancoliques, pourtant il s’en dégage une grande force, presque de l’optimisme. « Shake Shake » s’impose comme un morceau combatif, pourtant toujours empreint d’une certaine gravité, « Amor Bay », long voyage cinématographique, semble avoir trouvé l’équilibre parfait entre lumière et tristesse. La voix ultra expressive, le jeu dans le chant et les instruments entre le grave et l’aigu, le majeur et le mineur, emporte les auditeurs dans un tourbillon d’émotions dont l’on ressort chancelant, au bord du gouffre et revigoré à la fois. Seuls les deux derniers morceaux, « Vapoline » et « Out of Luck », beaucoup plus joueurs, sont presque totalement débarrassés de cette douleur sourde, comme si le groupe voulait montrer sa volonté d’aller de l’avant.

Il serait faux de dire que le groupe révolutionne la musique. On sent les influences, les envies de comparaison fusent. On peut entendre des réminiscences de Springsteen, de U2, des Killers, de Placebo, pourtant Animal Triste sonne moins pop et plus brut que la plupart de ces noms, n’en gardant que l’aspect infiniment mélodique. D’autant que le groupe ne sombre jamais dans la caricature ou la pâle copie, et met ses tripes dans ses morceaux. En ce qui concerne le Boss, il s’agit évidemment plus que de réminiscences, puisque le troisième morceau, et premier single, est une reprise de « Dancing in the Dark », que les Français exécutent avec brio, l’interprétant de façon au moins aussi convaincante que l’originale.

Si 2020 n’aura été pour personne l’année la plus radieuse de son existence, on lui sait gré de nous avoir réservé des découvertes de la trempe d’Animal Triste. La sincérité, l’énergie de ce premier album éponyme en font un disque marquant, à la beauté froide mais chaleureuse, à la mélancolie rageuse. Hors du temps et pourtant terriblement physique.

Tracklist
1. Darkette
2. Shake Shake Shake
3. Dancing In The Dark [Bruce Springsteen Cover]
4. Wild At Heart
5. Sky Is Something New
6. Amor Bay
7. Vapoline
8. Out Of Luck

Sortie le 4 décembre 2020 chez m/2L

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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