Entretien avec Pete Trewavas de Marillion et Transatlantic

Tout juste quelques jours après son 61ème anniversaire, Pete Trewavas, bassiste de Marillion et de Transatlantic nous a accordé 30 minutes de son temps pour nous parler du prochain projet de Transatlantic intitulé The Absolute Universe, qui est paru le 5 février sur le label Inside Out Music. Cela faisait 7 ans que Transatlantic ne s’était pas réuni, tous les membres étant bien occupés ailleurs. Il semblerait que la crise sanitaire ait eu un certain bon côté. Le concept étant particulier, il s’est longuement attardé sur les différences entre les deux albums, sa vision de la basse et quelques chansons en particulier.

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Bonjour Pete, merci de nous accorder un peu de ton temps pour parler de ces albums. Ca te fait quoi de retrouver Transatlantic après toutes ces années?

C’est vraiment génial de se revoir 5 ans après et ça nous a fait du bien de nous éloigner un peu. Mais quand même on adore se voir, nous sommes tous amis et Transatlantic est un vrai groupe avec sa propre identité sonore. C’est notre 5ème album alors on a l’habitude de travailler ensemble en studio donc ça nous a vraiment aidé pour cet opus. Pour être honnête, il y a une superbe alchimie entre nous.

7 ans sans faire d’album, ça vous a donné le temps de réfléchir à de nouvelles idées, je suppose, ou alors vous êtes partis de rien?

Depuis le début, on vient en studio avec nos propres idées. Pour le premier album, c’était surtout Neal (Morse) et Roine (Stolt) qui proposait des morceaux puis je m’y suis mis petit à petit. Pour cet album, Neal avait environ 90 minutes du musique, moi environ 45 minutes et Roine a proposé quelques chansons qui deviendront « Belong », « The World We Used to Know » ou encore « Owl Howl ». On a écouté toutes les démos avant d’aller en studio et on a choisi celles qu’on préférait. Puis on est parti enregistrer l’album pour la première fois en dehors des Etats-Unis chez Roine dans un studio appelé Phoenix Studio. On a fait l’arrangement de la version longue intitulée Forevemore et puis c’est tout. Ca nous a pris tout notre temps. Au départ, j’avais envisagé de faire l’album puis d’enregistrer la batterie et la basse, ce que nous faisions généralement lorsque nous enregistrions à Nashville. Mais là, les arrangements nous ont pris tellement de temps et on a pris tellement de plaisir à le faire qu’on n’avait plus le temps nécessaire pour la suite. On s’est quitté avec une démo de ce qui allait devenir la version Forevermore.

Tu viens de nous dire que tu avais composé pas mal de morceaux, tu peux nous dire lesquels?

Alors il y a d’abord « Solitude » qui provient de la deuxième moitié d’une démo. La première partie a fini sur un album d’Edison’s Children et je ne savais pas quoi faire de cette deuxième partie. Je me suis dit qu’elle sonnait Transatlantic et donc je l’ai proposée au groupe. Mais j’avais oublié d’écrire des paroles donc en Suède, dans le studio de Roine, j’ai inventé des paroles rapidement puis lorsque je suis retourné chez moi, au Royaume-Uni, j’ai composé des vraies paroles. Il y a également « The Sun Comes Up Today ». 
Quand je compose pour Transatlantic, je le fais au piano alors que d’habitude je prends ma guitare pour les autres groupes. Comme cela fait longtemps que je fais parti de ce groupe, je sais, quand je crée une chanson, si elle ira bien avec le style du groupe et donc parfois je compose spécialement pour Neal ou pour Roine. C’est ça qui est génial avec ce groupe : on est ensemble depuis tellement de temps qu’à chaque fois, on peut s’améliorer. Et puis on a l’expérience du live donc on sait si ça passera ou non sur scène.

Tu nous parlais de « Solitude » : c’est la première fois qu’on peut t’entendre chanter du début jusqu’à la fin sur une chanson. Avant ce n’était que sur de petites parties, comme sur « Kaleidoscope ». Comment en es-tu arrivé là?

Tout d’abord, c’était ma chanson donc il était naturel que ce soit moi qui chante (rires). Ca se passe comme ça en général : si Neal écrit une chanson, c’est lui qui l’a chante. Pareil pour Roine. Pour « Solitude », c’était la première fois que j’écrivais une chanson entière pour Transatlantic. D’habitude, je compose uniquement une partie comme un couplet ou un refrain comme par exemple sur Bridge Across Forever. Là la chanson est restée telle quelle. C’était la même chose pour « Is It Really Happening » mais c’est plus une espèce d’incantation. Pour résumer, on n’a jamais débattu : c’était ma chanson donc je devais la chanter.

Tu joues du piano, de la guitare, de la basse, tu chantes… Est-ce que le fait d’être multi-instrumentiste t’aide avec Transatlantic ou alors tu restes vraiment dans ton monde de bassiste ?

Oh non, ça m’aide, c’est clair. Transatlantic est un groupe avec énormément de parties et si je ne savais pas jouer du piano ou de la guitare, je serais complètement perdu. On fait des choses assez poussées musicalement avec des changements de tonalité, de rythme. Donc si je n’avais pas eu une formation musicale, je n’aurais pas été capable de composer les lignes de basse pour le groupe, surtout que je suis plus un musicien mélodique qu’un créateur de riff.

Puisqu’on en parle : comment considères-tu le rôle de la basse au sein de Transatlantic et même en général ?

J’aime composer une ligne de basse comme on composerait une oeuvre musicale. J’ai grandi en écoutant Paul McCartney, j’ai joué de la clarinette dans un orchestre et avant d’écouter de la pop, j’écoutais du jazz car mon père adorait ça. Il adorait surtout les grands orchestres de jazz comme Glenn Miller, Duke Ellington ou Count Basie). J’ai donc toujours eu des influences variées et ça m’a vraiment aidé. La musique est un domaine tellement large avec des styles différents. De nos jours, il y a trop de personnes prétentieuses qui ne jurent que par un seul style et qui rejettent des choses modernes comme le rap, le trap, le drill. Mais moi j’ai grandi sans vraiment me rendre compte des styles que j’écoutais : si ça me plaisait, ça me plaisait, point barre. Ca m’a vraiment permis d’avoir plusieurs styles et donc quand je compose, j’essaye de faire des choses qui me plaisent même si je suis dur à satisfaire. En général, la première chose que je joue, c’est la bonne. Parfois j’essaye autre chose mais je reviens souvent à la première idée.

Est-ce qu’il y a une différence lorsque tu composes pour Transatlantic et pour Marillion ?

Sûrement : Transatlantic est plus régressif, plus prog. C’est un groupe démonstratif si je peux le formuler ainsi. La musique est plus « heavy » puisque Mike est un batteur de metal à la base. Donc la musique est plus puissante. Lorsque je compose pour Marillion, je ne pense pas à ce genre de problématique, je joue juste ce qui marche le plus même si, il faut l’admettre, Marillion a composé tellement de morceaux différents. Tiens, si tu prends une chanson comme « If My Heart Were a Ball », c’est une composition assez heavy presque comme Nine Inch Nails. Donc au final, ça dépend énormément du morceau lorsque je compose pour Marillion. Mais vraiment pour Transatlantic, c’est de la musique écrite pour les musiciens et non l’inverse même si, on ne compose pas dans le but de faire quelque chose de compliqué.

L’une des choses qui marque dans ce projet, c’est le mixage qui est sublime avec notamment la basse qui est vraiment en avant dans le mix. Cela vient d’une décision de ta part ?

Pas du tout. Il y a quelques morceaux où j’espérais que la basse soit mise en avant mais c’est tout. J’ai de la chance d’avoir un ingé son (Rich Mouser) qui adore la basse. En plus j’ai utilisé ma vieille Warwick de 1984 qui sonne d’enfer. J’ai enregistré mes parties sur mon ordinateur sans aucun effet puis j’ai envoyé les fichiers à Roine qui les a passés à travers un ampli Ampeg et donc on avait deux fichiers : un sans les effets et un avec. Puis Rich a passé ça dans sa petite boîte et voilà le travail. C’est un peu le même procédé que sur l’album Brave de Marillion : on avait enregistré avec plusieurs micros et on utilisait différentes prises selon les morceaux. Rich est un ingé son tellement doué et en plus il aime ce que je fais. Alors moi j’aime ce qu’il fait forcément (rires). Mais je n’ai pas mis de l’argent sur la table pour que la basse soit plus en avant.

Cet album s’appuie beaucoup plus sur les voix également. Tu chantes plus, Mike prend plus le lead…

Mike chante plus effectivement. En fait comme je te l’ai dit, on a fini les sessions studios avec la version Forevermore. On s’est dit que ce serait ça l’album. Puis il est venu le temps de décider qui allait chanter quoi et on est arrivé à un point où Neal et Roine chantaient sur tous les morceaux et donc on avait des versions alternatives de chaque morceau. Par exemple, Roine avait posé sa voix sur « Rainbow Sky » juste pour voir comment ça sonnait et Neal avait fait la même chose. Donc on avait des versions différentes. Puis Mike s’est dit qu’on devrait se partager le chant. Il voulait vraiment chanter sur « Looking for the Light ». Je trouve ça vraiment bien de changer de chanteur : ça diversifie un album. On a ensuite enregistré le chant et on a essayé différentes harmonies.
Puis on s’est séparé, Neal a pris du recul par rapport à l’album puis il s’est remis dessus et s’est dit qu’on pouvait éditer l’album. On n’en avait pas vraiment parlé en Suède mais j’étais d’accord sur ce point. On a laissé la version « Forevermore » dans les mains de Roine et Neal en a fait une version plus courte en réarrangeant certaines sections et même en en créant des nouvelles comme « Can You Feel It ». D’ailleurs un jour, il nous a envoyé un mail avec comme objet « est-ce que je suis fou ? » où il nous parlait justement de raccourcir l’album. Dans cette version, il a d’ailleurs retravaillé un de mes thèmes qui, au départ, n’apparaissait que sur la fin de l’album. En Suède quand on a écouté la version longue, on s’était dit que c’était bizarre d’avoir ce thème qui venait vers la fin mais jamais avant. Alors Neal a fait un peu de place dans l’ouverture pour l’intégrer.
On est arrivé à un point où on s’est demandé quelle version on allait utiliser. Alors Mike a suggéré qu’on sorte les deux. Neal a alors retravaillé certaines paroles pour la version courte, pour coller avec la crise sanitaire : c’était au printemps 2020 et on était en plein dedans, donc Neal s’est dit que c’était dommage de ne pas l’évoquer. On a ensuite parlé au label de ce projet fou et ils nous ont suivis.

Pour finir, en décembre dans une autre interview, tu disais que tu n’avais pas grand chose de nouveau à nous annoncer pour le nouvel album de Marillion, est-ce toujours le cas ?
Oui et non. En fait le problème c’est qu’avec les restrictions sanitaires, c’est difficile pour nous de nous voir tous en studio fréquemment. Donc ça avance doucement et on se voit quand on peut. On a déjà pas mal de musique et on travaille notamment sur une liste de 7-8 morceaux. On a une vingtaine d’idées également donc on pourra piocher dedans également. On avance, petit à petit, on aime ce qu’on fait, le moral est bon mais c’est vrai que ça reste compliqué.

Transatlantic, Marillion, Pete Trewavas, Mike Portnoy, Roine Stolt, Neal Morse, prog

Interview réalisée grâce à Valérie d’Inside Out Music
Sortie de l’album le 5 février 2021 sur le label Inside Out Music.

 



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