The Offspring – Let The Bad Times Roll

Neuf ans déjà que les Offspring n’avaient plus sorti d’album, le délai le plus long entre deux albums à ce jour pour les Américains. Groupe phare de la scène skate punk des années 90, le groupe a poursuivi les décennies suivantes avec des sorties d’albums régulières mais qui ont moins marqué l’imaginaire collectif. Est-ce qu’une nouvelle décennie apporte une nouvelle voie musicale ?

La question est purement rhétorique : personne de sensé n’attend de véritable bouleversement dans la musique des Offspring. En 35 ans, le groupe n’a pas complètement stagné, évidemment, et on sent une certaine évolution au fil des albums, mais cela reste limité, et le groupe, contrairement à d’autres figures de proue du punk des années 90 (à commencer par Green Day, aux tentatives parfois hasardeuses), n’est jamais vraiment sorti d’un punk mélo qui finit par sembler assez balisé.

L’annonce d’un nouvel album neuf ans après Days Go By (entre-temps, le chanteur – guitariste Dexter Holland a obtenu son doctorat en biologie moléculaire) suscite donc plus de curiosité qu’une réelle excitation. Au moins l’album précédent comportait-il deux titres étonnants pour les Californiens, « O.C. Guns » et « Cruising California (Bumpin in my Trunk) », hilarante parodie de tube de l’été qui avait fait hurler d’effroi les puristes.

Dans cette nouvelle sortie, Let The Bad Times Roll, aucun crime de lèse-punk cette fois. A peu de choses près, cet album sonne exactement comme on aurait pu l’imaginer. Le titre d’ouverture, « This Is not Utopia », avec son punk à l’ambiance sombre et son refrain accrocheur aurait pu figurer sur n’importe quel album des Californiens de ces vingt dernières années. C’est aussi le cas pour une pelletée d’autres titres du disque (« Behind Your Walls », « Army of One », « Breaking These Bones »…). Le groupe y donne clairement l’impression de se reposer sur ses lauriers : des morceaux énergiques et mélodiques, sans fioritures, aux riffs (Holland et Noodles, les deux seuls toujours là depuis le début) et aux rythmiques de batterie (Pete Parada) efficaces, qui alternent avec un certain équilibre entre les morceaux plutôt festifs (« Coming for You », « The Opioid Diaries ») et ceux d’où sourd une mélancolie discrète mais bien palpable (« Behind Your Walls », « Army of One »), portée notamment par le timbre particulier de Dexter Holland.

Les réfractaires au groupe ne prendront pas la peine d’écouter l’album, à raison, car ils n’y trouveraient rien susceptible de leur faire revoir leur jugement. Les fans seront contents de retrouver le groupe là où ils l’avaient laissé. L’album a un côté familier, presque rassurant en ces temps troublés, et il évite tout de même l’écueil de sentir la naphtaline grâce à une production de Bob Rock pas originale mais propre. Sans être à proprement parler politique, Let The Bad Times Roll évoque de façon globale certains problèmes contemporains, le manque de courage des politiques, les catastrophes qui se succèdent les unes après les autres…

Çà et là, la formation dissémine tout de même des éléments qui font sortir l’album de la routine dans lequel il ronronne. Les couplets semi-acoustiques du single éponyme lui donnent un certain cachet. Les cuivres et les arrangements jazzy menés par la basse (Todd Morse) de « We never Have Sex anymore » surprennent joyeusement, même s’ils peuvent évoquer dans l’esprit « The Worst Hangover Ever » sur Splinter. « Hassan Chop », de son côté, rappelle les débuts et montre que le groupe est capable de vraiment monter en agressivité quand il veut. Le groupe offre même une reprise punk sur une minute du fameux « The Hall of the Mountain King » d’Edvard Grieg, dispensable mais divertissant.

C’est peut-être une autre reprise qui marque le plus. Une reprise… Des Offspring, ou de Five Finger Death Punch, on ne sait plus. « Gone away », qui figurait sur Ixnay On The Hombre en 1997, est ici réinterprétée sous le titre « Gone away Requiem ». A l’origine un morceau de punk mid-tempo, le titre comportait une certaine tristesse mais très rentrée, effacée par une forme de rage. Il a été repris en 2017 par Five Finger Death Punch qui en a fait une ballade metal à la fois plus puissante et plus poignante. Les Offspring s’en sont manifestement inspirés, à tel point qu’on dirait presque une reprise de 5FDP. Peu importe, en définitive : il est intéressant de constater à quel point des arrangements peuvent faire évoluer le message d’une chanson. Avec son piano, ses cordes, et une interprétation plus incarnée de Dexter Holland, la chanson gagne en intensité et confirme que depuis Rise And Fall, Rage And Grace (avec « Fix You » ou « Kristy Are You Doing OK »), le groupe est devenu capable d’assumer pleinement des émotions dans certaines chansons. Avec ces arrangements, la ressemblance avec « Mad World » de Tears For Fears (surtout la version de Gary Jules à vrai dire) se fait encore plus frappante, mais c’est une autre histoire.

Avec Let The Bad Times Roll, les Offspring livrent donc un album digne des Offspring, ni plus ni moins. L’album est solide, comporte à peu près tout ce qui fait aimer le groupe, et contentera les fans, à défaut de les ravir. Quelques tentatives laissent penser que le groupe serait probablement capable d’offrir des albums plus aventureux si l’envie lui en prenait. Mais après tout, est-ce vraiment ce que l’on espère entendre des Offspring ?

Tracklist
1.  This Is Not Utopia  2:38
2.  Let the Bad Times Roll  3:18
3.  Behind Your Walls  3:21
4.  Army of One  3:11
5.  Breaking These Bones  2:46
6.  Coming for You  3:48
7.  We Never Have Sex Anymore  3:30
8.  In the Hall of the Mountain King  1:00
9.  The Opioid Diaries  3:01
10.  Hassan Chop  2:20
11.  Gone Away Requiem  3:16
12.  Lullaby  1:12

Sortie le 16 avril 2021 chez Concord Records

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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