Villette Sonique #21 – 30/05/21

Participer au premier festoche parisien depuis des lustres, n’était pas gagné d’avance. Quand bien même elles étaient gratos, les places étaient chères. À peine mises en ligne, une heure plus tard, pfuiii, plus rien ! Nous n’étions visiblement pas les seuls, Shooting Dave et moi, à réclamer notre dose après tant de mois de sevrage… Autre obstacle et non des moindres, y allait-il avoir un concert estampillé rock parmi l’éclectique programmation de Villette Sonique ? Oui, mais de justesse, car Maxwell Farrington & Le Superhomard et le Villejuif Underground passaient bons derniers. Deux groupes franchouillards, avec chacun son frontman australien. Les premiers, tendance pop orchestrée et flegmatique, ont délivré un set brillant et chatoyant tandis que les seconds, emmenés par l’inénarrable Nathan Roche nous l’ont joué foutraque et jubilatoire. Dans les deux cas, ce fut jouissif à souhait. On vous raconte ce concert en mode goûter sur l’herbe façon Renoir. 

L’arrière-train dans l’herbe à la roots donc. Enfin, j’ai vu des mecs bien plus jeunes et en théorie plus vaillants – mais visiblement pas du fondement – venir avec le p’tit coussin-qui-va-bien et y poser délicatement leurs céans… Pourtant arrivés à l’heure, en avance donc, il ne nous restait qu’un seul et unique cercle disponible, dans lequel tentaient de survivre quelques pitoyables brins d’herbe submergés par une terre noirâtre et poussiéreuse. Ah oui, parce qu’il faut que je vous dise, nous étions parqués dans des espaces circulaires dessinés à la craie, supposés accueillir une demi-douzaine de culs maximum. Concert délimité et assis. Même refrain à la buvette, où tu devais t’assoir à une table, attendre qu’on prenne ta commande de flotte ou de binouze et ensuite seulement, tu pouvais réintégrer ton cercle des spectateurs disparus.

Entre ce contexte ubuesque, les gamins du cercle équestre derrière qui faisaient marner pépouze leurs poneys et la cité des sciences à droite brillant de mille feux sous le soleil éclatant, avant même que ne commence les festivités, je trouvais que le cadre avait comme un p’tit côté bucoliquo-surréaliste. Shooting Dave s’en foutait lui du cadre, trop occupé à repérer justement les endroits où il pourrait bien cadrer la scène. Parce que le premier qui l’empêcherait de courir de droite à gauche, tel un mustang sauvage, bah, il est encore pas né. Et la suite m’a donné raison, je suis resté tout seul comme un con dans mon cercle, avant de devoir le partager malgré moi avec des envahisseurs même pas masqués…
Villette Sonique 2021 2 © David Poulain
Villette Sonique 2021 © David PoulainÇa va ? Le décor est suffisamment planté au sol pour vous ? Passons aux choses et aux gens sérieux. Car oui, Maxwell Farrington & Le Superhomard (aka Christophe Vaillant) le sont sérieux. Balances irréprochables, durant lesquelles nous avons pu avoir un avant-goût du splendide organe de baryton de l’australien, intro classieuse à l’harmonica (“La Mesa motel” un titre sur lequel John Barry n’aurait nullement craché) et une entrée sur scène sans précipitation superflue. Un flegme britannique, obligatoire pour un groupe qui a prêté allégeance à une British pop orchestrale façon sixties. Si Maxwell Farrington se la joue crooner avec grand talent – on ne peut que le comparer à un Neil Hannon ou un Stuart Stapples – sa coupe savamment négligée et sa vêture, une grande veste-blouse informe et grisâtre, rappellent qu’il n’y a pas si longtemps il officiait au sein du groupe noise Dewaere. Inutile de dire que le fond supplante la forme chez lui.

Des sourires rêveurs et des merci sincères, des pas de danse en osmose avec les mélodies arrangées aux petits oignons par l’ami Superhomard, Maxwell Farrington est juste perfect. Cerise sur le gateau, lui et son Super nous ont offert pas un, mais deux inédits ! “Donna »” et “Change Direction”. Et mon David, il était où hein ? À le voir courir partout, tanqué derrière un arbre, caché par une grappe de naïades alanguies, on aurait cru un paparazzo suspendu aux miches d’une célébrité. Ceci dit, il n’était pas le seul à se déplacer furtivement, passe-photos autour du cou, la concurrence était rude !
Maxwell Ferrington & Superhomard © David Poulain
Maxwell Farrington & Superhomard 1 © David Poulain
Les placides trentenaires, majoritaires au sein de notre assemblée bucolique, n’avaient guère bougé de leurs prisons virtuelles et s’étaient laissé aller à des applaudissements polis et des encouragements tout en retenue. Il a fallu trois fadas, même pas envapés mais en mode pogo-cul-sur-herbe pour nous mettre dans l’ambiance propre au Villejuif Underground. L’un d’eux tenta même un slam soutenu par ses deux acolytes, c’est vous dire ! Ils y réussirent d’ailleurs mieux que le comique auto-déclaré, qui nous a fauché trois minutes pour introduire le groupe. Un grand moment de loufoquerie, il faut lui reconnaître ce mérite.

Son intervention visait à donner le ton, car le Villejuif Underground est à plus d’un titre l’antithèse du groupe précédent. Musicalement, ça joue fort et rythmé, empruntant les sinuosités d’un rock barré ou même une ligne de basse reggae façon The Ruts. La référence antédiluvienne n’est pas anodine ; déjà en fond sonore, on avait repéré un titre de “Rock n’roll animal” de Lou Reed. Force est de constater que le chant parlé / déclamé de Nathan Roche, marche du côté sauvage du pépé punk et que le show tourne autour de sa prestation déjantée.

Et que je t’bouffe la poussière de la scène en mode carpette sans cesser de chanter. Et que je t’vire mes chaussettes pour profiter du cercle d’herbe que je squatte le temps d’un morceau, acceptant au passage une rasade de bière. Et que je te mets un joyeux bordel dans la setlist prévue, sans que cela ne défrise nullement mes potos de Villejuifois… Nathan Roche est un spectacle à lui tout seul, même lorsqu’il ne fait que délimiter l’espace du merch. “De là à là, je vais vous vendre des disques”. Un an qu’ils n’avaient pas joué certes, mais cela n’explique pas tout ! “On nous a appelé il y a 15 jours, on a dit oui !!!!”. Nous aussi, on dit oui pour les revoir dans une nos petites salles favorites, dans une pénombre propice à nous déchaîner de concert avec lui.
Villejuif Underground © David Poulain
Villejuif Underground © David Poulain

Si nous avons pu assouvir notre irrépressible besoin de liiiiive, c’est grâce à Marion Pacé d’Ephélide, que nous remercions vraiment beaucoup, beaucoup et beaucoup. 



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