Limiñanas / Garnier – De Pelicula


J’en ai encore les oreilles qui sifflent !!! Depuis que les Limiñanas ont annoncé leur collaboration avec Laurent Garnier lors du premier confinement, les fans du combo catalan garage psyché s’interrogent. Avec plus ou moins de véhémence d’ailleurs. On va de l’auditeur circonspect un rien inquiet de voir ses héros se perdre dans un style qui n’est pas le leur à ceux qui crient, hurlent, vocifèrent en invoquant la plus grande trahison de tous les temps !

Mais les Limiñanas aiment sortir des sentiers battus. Lionel et Marie (le couple vedette) ont des horizons multiples. Bercés au rock si possible garage, sixties, psyché, yéyé, mais aussi aux musiques de films diverses et variées (Ennio Morricone autant que les BO de série Z). Et le fait de travailler avec Pascal Comelade ouvre des horizons que l’on ne trouvait pas forcément dans les premiers groupes de Lionel. L’univers de la musique répétitive fait partie intégrante des Limiñanas et on va retrouver ses boucles à la Can ou Suicide qui sont le fonds de commerce des travaux du duo catalans. Alors, le groupe a-t-il franchi un pas de plus vers de nouveaux horizons en travaillant avec Laurent Garnier ? Les fans de la première heure y trouveront-ils leur compte ? Voilà quelques éléments de réponse.

A l’écoute du premier morceau « Saul », on reconnait immédiatement l’univers des Limiñanas. Le titre se veut rassurant pour les fans du groupe. On y retrouve leur univers. La voix de Lionel nous est familière et les boucles nous hypnotisent comme lors des précédents opus. Des notes de guitares soutiennent les propos et on retrouve ce côté musique de film si cher aux Limiñanas. Jusqu’ici tout va bien, continuons le voyage.


 

De Pelicula nous emmène à travers de grandes plages sonores qui resonnent de manière bien plus psychédélique qu’électronique. « Je rentrais par le bois » a des relents de Pink Floyd possédé période Syd Barrett. Le fan de rock s’y retrouve surtout lorsque la fuzz s’invite sur « Promenades Obliques ». Et on se laisse guider par ce concept album De Pelicula, fausse bande son d’un film n’ayant jamais existé. Les ingrédients qui ont fait le succès des Limiñanas sont toujours présents dans ce disque. Quelques allusions aux terres catalanes et toujours cette facilité à manier la langue de Molière et à la mettre en valeur.

Et l’influence de Laurent Garnier ? J’avoue humblement ne pas maitriser le sujet et même dramatiquement faire preuve d’une inculture quasi-totale dans le domaine. J’en viens même à me demander si les principaux détracteurs de cette alliance soi-disant contre nature ne sont pas contre juste par principe. Allier le rock et l’électro ! C’est mal. On ne sait pas vraiment pourquoi mais pour ceux qui ont une culture rock de père en fils, on le sait, c’est non négociable.

Alors tentons encore un peu de nous affranchir de ces postulats et continuons à décortiquer ce De Pelicula. Les Limiñanas n’ont pas leur pareil pour balancer leur musique et y donner une âme. « Tu Tournes en Boucle » en est la parfaite illustration. Et que dire du premier single « Que Calor ! » ? Alors que l’album est majoritairement en français, sur « Que Calor ! », dans l’esprit du récent maxi du groupe intitulé « Calentita », le trio s’adjoint les services d’Edi Pistolas, le leader colombien des combos rock psychédélique Panico et Nova Materia. Là encore musicalement le garage sixties est digéré et resservi façon XXIème siècle. Et la sauce Limiñanas fait indéniablement monter la température.



 

Avec des morceaux comme « Juliette », on retrouve comme toujours cette qualité de texte, on est captivé par les histoires et on se laisse emporter dans ce road movie qu’on on écoute comme un livre audio rehaussé d’une bande son psychédélique. On se rapproche parfois de l’album Costa Blanca qui se vivait comme un trip dans l’Espagne des années 80 et 90 avec la jeunesse des Limiñanas.

Il est vrai que parfois quelques rythmiques semblent un peu synthétiques mais très vite la fuzz reprend ses droits et c’est bien ce qu’il faut pour que les Limiñanas restent toujours les Limiñanas. Cabestany Fuzz City comme ils l’arborent assez souvent sur leurs t-shirts ! Et puis ces digressions sonores comme sur « Steeple Chase » renvoient aussi aux expérimentations de theremin de Jimmy Page ou plus récemment Jon Spencer et là pas question pour les puristes de crier haro !

De Pelicula, nous offre aussi l’occasion de retrouver Bertrand Belin. Ce dernier a intégré le monde des Limiñanas depuis le single « Dimanche » et force est de constater que les deux univers foutraques s’imbriquent à merveille. La voix si singulière de Bertrand soutient les riffs des Limiñanas. Puis les textes de « Au début c’était le début » sont ciselés finement par les fines plumes des auteurs. Et ces giclées de fuzz ! Ça c’est du rock comme disait Marty Mc Fly dans Retour Vers le Futur !

LIminanas GArnier Photo Mathieu Zazzo

Crédit photo : Mathieu Zazzo


Ce disque prend vraiment tout son sens quand on l’écoute de A à Z. On nous raconte une vraie histoire, avec un début et une fin. Alors oui, chaque titre est une petite tranche de vie indépendante, ou un bel instrumental, mais c’est vraiment dans sa globalité qu’il prend tout son sens. Et même si certains titres paraissent longs, ils permettent à notre imaginaire de vagabonder. Chacun illustre les morceaux à sa manière et fait défiler devant ses yeux le film qu’il aurait aimé voir sur cette bande son. C’est en tout cas une très belle expérience qui s’affranchit même parfois de la musique.

Alors oui, pour moi nous avons bien à faire à un album des Limiñanas. La patte Garnier est sûrement présente mais assez finement distillée pour ne pas rebuter les fans de rock qui auront voulu passer l’écueil de refuser l’écoute puisque qu’un grand ponte de l’électro co-signe. J’avoue que pour moi, le pas a été difficile mais je ne le regrette pas !

Sortie le 7 septembre

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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