Joyeux anniversaire, Trashmouth Records

Trashmouth Records célèbre une décennie de méfaits avec la sortie d’une compilation de dix titres issus de son catalogue au goût si sûr, réorchestrés façon électro-décadence par les fondateurs du label londonien, les frères Luke et Liam May.

Ces dix titres sont l’occasion de constater la qualité, demeurée assez confidentielle en France, de cette maison de disques spécialisée dans les lamentations acides des habitants du Grand Brouillard. Si la sortie la plus prolifique de Trashmouth reste sans doute Champagne Holocaust, le premier album de Fat White Family, qui a su s’imposer très largement sur la scène internationale par la suite, les autres étages de la discothèque sont tout aussi enthousiasmants, de Madonnatron à Warmduscher, en passant par Meatraffle et Decius, le projet électro-malaise des boss du label avec Lias Saoudi.

La patte du label est aisément reconnaissable, sans doute grâce au fait qu’il produit lui-même les albums qu’il publie, ce qui permet le développement d’une identité forte au sein de son catalogue, et donne la sensation d’avoir affaire à une scène véritablement compacte et unie – peu importe si c’est effectivement le cas. Chacun des enregistrements semble avoir été confectionné dans les sous-sous-sols de la ville, comme s’ils étaient synthétisés dans un laboratoire illégal creusé à même la fange, sous la station terminus d’une ligne de métro abandonnée. Le venin suinte de chaque vinyle, sans entraver pour autant l’imposition de la personnalité des artistes : si l’on atteint le point le plus sombre de l’occulte avec Taman Shud, un groupe comme Madonnatron parvient à faire montre d’une certaine classe presque raffinée.

Par ailleurs, en dix ans, ce son a largement eu le temps de muter ; partis d’un son lo-fi, dégonflé au possible de Champagne Holocaust (2013), on constate à présent une porosité toujours plus grande avec la scène électronique – d’autant plus évidente avec le projet Decius. L’observation du catalogue de Trashmouth offre une point de vue privilégié sur l’évolution esthétique de la scène londonienne et plus généralement britannique ; cela prouve sa vivacité, son aptitude à se renouveler, et donc son excellente santé. On constate également qu’au cours de ces années, le label a grandi tranquillement, sans véritable explosion de popularité non plus ; un rythme sain, reposant sagement sur le nez creux de ses têtes pensantes, en matière de découvertes subversives. De quoi tenir dix ans de plus ?

Trashmouth Records – 10 years still not dead, disponible en intégralité sur Bandcamp.

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Collage réalisé par Lou Smith, vidéaste omniprésent sur la scène londonienne – les historiens du futur pourront lui offrir quelques binouzes quand ils tomberont sur ses archives.

Tracklist :
1. Fat White Family – Heaven On Earth (Trashmouth Remix)
2. Lee Scratch Perry & Peter Harris (Trashmouth Remix)
3. Warmduscher – Yolk Buns USA (Trashmouth Remix)
4. Meatraffle – The Horseshoe (Trashmouth Remix)
5. Madonnatron – Venus & Rahu (Trashmouth Remix)
6. Taman Shud – The Hex Inverted (Trashmouth Remix)
7. Weston Decker – Lazy (Trashmouth Remix)
8. Bat-Bike – Drag & Drop (Trashmouth Remix)
9. Pit Ponies – Arrogant & Sad (Trashmouth Remix)
10. Chupa Cabra – Violent Urges (Trashmouth Remix)



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