Express EP #22 – Suzi Moon, Unschooling, Catapult The Rhino, Eliz Murad, Mira Calls

Avec l’Express EP, découvrez de courtes galettes qui nous ont séduits ces derniers temps. Pour cette vingt-et-unième édition, vous pourrez découvrir Suzi Moon, Unschooling, Catapult The Rhino, Eliz Murad et Mira Calls.

Suzi Moon – Call The Shots
Sorti le 19 mai – par Aude D

Il en faut parfois peu pour une déflagration assourdissante. En seulement trois morceaux, Suzi Moon s’impose comme une musicienne sur laquelle il va falloir compter dans la scène punk. Il faut dire que s’il s’agit de son premier travail en solo, elle a déjà une solide expérience derrière elle, avec notamment une participation au réjouissant groupe punk à dominante féminine Civet, formation de sa sœur, qu’elle a intégrée au chant secondaire et à la guitare à quinze ans à peine.

Elle a donc été à bonne école et cela s’entend. Ses trois chansons sont des brûlots rageurs toutes guitares dehors, punk au possible, pleines d’énergie et de hargne, qui donnent envie de vociférer contre toutes les injustices possibles. La première, « I’m not a Man », prend des accents grunge et sort les guitares dès les premiers instants pendant que la chanteuse éructe qu’elle n’est pas un homme et qu’elle s’en fout. Pas besoin d’être un homme pour s’imposer, on le sait depuis longtemps, mais un rappel sous cette forme est toujours aussi jouissif. « Nuthin to Me » est tout aussi rentre-dedans, avec un côté un peu lo-fi et toujours très direct. Quant à « Special Place in Hell », c’est le morceau le plus mélodieux et le plus accrocheur, sans se départir de son explosivité.

Le seul défaut de Call The Shot ? Qu’il soit si court ! A peine plus de dix minutes, c’est insuffisant pour nous rassasier. Ne reste plus qu’à espérer un long format très rapidement. S’il est du même calibre, il fera des ravages.


Unschooling Random Acts of Total Control
Sorti le 16 avril chez Howlin Banana Recordspar Davy Sanna

Avec Random Acts of Total Control, Unschooling nous raconte quelques histoires sonores passionantes, au fil de structures complexes et intuitives à la fois. Décrochage scolaire oblige, on ne pourra parler de math rock, puisque l’on n’est que rarement dans la cassure, les Rouennais privilégiant une progression logique des choses, douce et évidente – du coup, on pourrait inventer un terme comme « rock progressif » pour l’occasion, mais bon, bof. Tout au long de cet EP, c’est la qualité d’interprétation qui nous saisit surtout, comme ce superbe travail de faux minimalisme à la batterie, sur la retenue très souvent pour ne déferler qu’aux moments-clé, ce qui laisse notamment à la la basse un socle bien stable pour s’en aller mélodiser des trucs.

Cette subtilité de jeu est bien mise en valeur par la production, propre, limpide. En revanche, si celle-ci permet manifestement au groupe de montrer qu’il a passé un cap important, elle a toutefois tendance à le faire entrer dans un moule qui semble trop étriqué pour son potentiel ; on espère donc que le passage au long format sera l’occasion pour Unschooling d’exploiter de nouveau cette irrévérence dans l’exercice studio qui avait été exhibée à l’occasion de Defensive Designs, en intercalant par exemple quelques prod complètement cramées au milieu d’enregistrements bien propres, jouissive instabilité générale.


Catapult The Rhino – T(h)en
Sorti le 15 juin chez iMD-Mister Guffinpar Aude D

De la lourdeur et de la légèreté, c’est ce qu’apporte Catapult The Rhino avec son second EP, T(h)en. Le groupe officie dans un rock alternatif fiévreux largement infusé de stoner. Si cet opus garde une filiation certaine avec son prédécesseur, Vous êtes bien exigeants, il s’en démarque aussi et ne sombre jamais dans la redite. L’ensemble est plus agressif, et même si la pesanteur du stoner est toujours bien présente – elle s’affiche ostensiblement dès le pont du premier morceau « Rhino » ou sur l’ensemble d’« Icarus » , ce sont surtout l’énergie et la rage qui sont mises en avant. La voix très expressive du chanteur, qui flirte avec la saturation, les porte admirablement. Les guitares saturées redoublent de hargne et lorgnent parfois vers quelque chose de plus psyché, comme sur « Perfectly High » ou sur le très réussi morceau de clôture « Made in Nowhere ». La basse et la batterie servent parfaitement les ambiances lourdes sans jamais devenir monolithiques.

L’ensemble s’équilibre parfaitement, entre passages massifs et lents et envolées enfiévrées, et ne cherche jamais à être plombant. Il s’en dégage paradoxalement une certaine légèreté, un parfum estival, qui reste toutefois solidement ancré dans des notes terriennes plutôt que de chercher à tout prix à se faire aérien.


Eliz MuradApocalypsna
Sorti le 10 septembre – par Yann Landry

L’ex-chanteuse et bassiste du duo Teleferik, largement commenté dans nos colonnes, Eliz Murad revient avec un nouveau projet solo en son nom propre qui a pris sa source lors du premier confinement. Pour cela, elle a troqué sa 4-cordes pour se mettre à la guitare, et le blues oriental et devenu de l’electro rock des plus actuels mais toujours oriental. Puisque c’est du Moyen-Orient qu’il s’agit avec Eliz, originaire du Liban. C’est d’ailleurs avec sa chanson hommage à « Beirut » que la chanteuse a présenté son EP en août. 

L’EP est globalement langoureux et marqué par ces deux dernières années dévastatrices, tant pour les biens que les corps et l’âme. Vous l’aurez deviné avec le titre de l’EP qui signifie apocalypse, l’agréable originalité étant que le chant étant intégralement assuré en arabe, ce qui nous donne envie d’aller fouiner dans les bacs rock des disquaires pointus à la recherche d’autres productions dans cette langue qui sonne si bien. Si la tendresse de la compositrice transparaît de ce 4-titres, le dernier titre « Lockdown » montre l’excitation explosive dans laquelle ont pu nous mettre les confinements. Eliz Murad signe une production personnelle tout en honnêteté dans une gamme de couleur qu’on ne lui connaissait pas encore et qui nous ravit. 


Mira Calls – Alpha Dream
Sorti le 15 septembre 2021 en physique et décembre en numérique, autoproduction – par Yann Landry 

Mira Calls est la réunion de trois musiciens parisiens, à savoir le batteur Lucas (Rise People, Rise!), Clémentine à la basse (Peckinpah!) et Flow au chant et à la guitare (Miles Oliver, Le Dead Projet, Eux). De cette association fraîche d’un an – encore un projet covid – est né un trio des plus noise. Mais le groupe sait manier les potards pour ne pas être à fond tout le temps. Les variations sont ici appréciables car nous ne sommes pas submergés par des décibels à bloc. Non, on sait redescendre pour exploser plus vite ensuite (« Too Late »).

La batterie n’est pas pour rien dans la fougue du groupe, il n’y a qu’à écouter l’intro de « Salva Sean » pour le comprendre, là où l’intro tonitruante se fait directement avec tous les instruments pour « Alphadream ». Lucas marque et percute en force, appliquant une férocité soutenue et des relances encore plus trépidantes. Dans le mix, le chant est loin d’être perdu, au contraire avec sa voix marquée post-punk, Flow assène ses paroles bien devant, ce qui était loin d’être évident comme par exemple sur la partie centrale d’ « Alphadream », la plus virulente de l’EP. Une première production qui ne s’encombre pas avec des présentations, et c’est tant mieux ! 


EP, sélection, mini album, indé émergents
 



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