Après une première journée sous le signe des découvertes et des explorations sonores, ce vendredi du Hellfest 2025 se veut plus grand public, avec une programmation majoritairement sur les Mainstages. Mais c’est aussi une journée où les voix féminines prennent le pouvoir (c'est la journée thème de la Mainstage 2), avec Within Temptation, Epica, The Warning, Amira Elfeky ou encore VOWWS. Pour finir la journée, nous sommes allés voir Muse, la tête d'affiche si décriée du festival. Retour sur une journée plus grand public… mais toujours aussi intense.
Nos concerts du vendredi 20 juin :
Castle Rat | VOWWS | Amira Elfeky | The Warning | Sowulo | Epica | The Hu | Within Temptation | Muse

CASTLE RAT - Valley - 11h40
Un doom second degré qui captive
Malgré une chaleur déjà insupportable, impossible de ne pas démarrer la journée en allant saluer la Rat Queen et sa troupe. Castle Rat reste un groupe à part, et l’engouement autour de lui ne cesse de grandir depuis quelques mois. Originaire de New York, le groupe n'a qu'un seul album à son actif (Into the Realm), mais un deuxième est attendu pour septembre.
Sa musique ? Il s 'agit d'un doom teinté de heavy metal assez classique et très old-school, très inspiré de Black Sabbath. Son titre culte “Feed the Dream” rappelle d’ailleurs que, même si le Sabbath a plus de 50 ans, ce son reste un plaisir immédiat à écouter aujourd’hui encore.
Mais ce qui fait aussi la différence, ce sont les tenues et la mise en scène complètement second degré. Si vous deviez choisir un groupe pour prouver à vos collègues qu'on voit vraiment n'importe quoi au Hellfest, Castle Rat serait la réponse idéale. Sur scène, la Rat Queen en cotte de mailles et couronne brandit un calice doré avec assurance. A ses côtés, des individus somme tout assez normaux : un guitariste grimé en spectre, un bassiste masqué façon médecin de peste et un batteur coiffé de cornes.

La mise en scène est tout aussi barrée. Sur “Nightblood”, pendant un solo de guitare lent et planant, on assiste à un spectacle des plus insolites. La Rat Queen affronte à l’épée une autre artiste déguisée en rat géant, armée d’une grande faux façon faucheuse, sous les encouragements d’un public à la fois amusé et captivé. Et surtout, ce côté kitsch est complètement assumé par les New-Yorkais. Rappelons qu'ils combattent quand même un empire démoniaque pour libérer leur royaume.
Une ouverture de journée parfaite qui prouve que le Hellfest est aussi le lieu où l’on peut voir des duels d’épées, des costumes grandiloquents et des riffs doom old-school... Et franchement, c’est pour ce genre de moments qu’on aime ce festival.
Setlist (incomplète) :
Dagger Dragger
Feed the Dream
Fresh Fur
Nightblood
Crédit Photos : Florentine Pautet pour Hellfest Productions
VOWWS - Mainstage 1 - 12h15 :
L'ovni cold-wave que tout le monde a raté
Duo australien désormais basé à Los Angeles, VOWWS (formé par Rizz au chant/synthés et Matt James à la guitare/chant) est un de ces groupes ayant ouvert pour des gros noms (Deftones, Gojira et tout récemment Jerry Cantrell), sans jamais vraiment exploser auprès du grand public. Sa musique ? Un mélange magnétique de dark wave, rock industriel et pop goth. Le son est aussi hypnotique que pesant, avec des influences de Depeche Mode, Killing Joke et Nine Inch Nails,et une aura cinématographique que beaucoup décrivent comme lynchienne.
Pour ce Hellfest, le duo est accompagné d’un batteur et d’un bassiste live. Ce qui renforce un son organique qui sublime les morceaux. Les kicks résonnent, la basse gronde, les nappes synthétiques hantent l’air. Tout est calibré pour hypnotiser, même à 11h du matin. Sur des titres tels que 'Blood's on Fire" ou encore le final "One By One", on ressent vraiment ce sentiment de transe collective un peu dark lorsque les musiciens jouent. Les morceaux studio ne leur rendent d'ailleurs que très peu hommage en passant.
Visuellement, VOWWS impose un style : tous vêtus de noir, et un look hipster goth assumé. Le bassiste a un teint cadavérique et l’air d’avoir enchaîné trois nuits blanches avant de monter sur scène, le chanteur et guitariste Matt reste stoïque avec ses lunettes noires, et Rizz, lunettes noires également, fume sa cigarette en appuyant sur ses touches de clavier et chantant comme si de rien n’était. Un décalage absolu qui capte assurément le regard.
Petit coup de gueule, il est assez triste de voir qu’un tel groupe reste hors des radars du grand public malgré la qualité de son show. Même si le groupe aurait trouvé certainement une meilleure place plus tard en Valley, les Mainstages sont désertées ce matin. Et seuls quelques centaines de curieux se sont présentés devant la scène pour découvrir ce duo fascinant. Un ovni total qui aurait mérité une ambiance de nuit et qu'on espère revoir vite sur nos terres.
Le groupe confiera même post-concert qu’un type était planté au premier rang, les fixant de manière agressive et bizarre, sans broncher, avant de repartir comme il était venu. Un comportement inutile qu’on aimerait ne plus voir sur les festivals. D’autant que VOWWS mérite mieux que ce genre d’énergie. On espère que la prochaine fois, les musiciens parleront plutôt du public venu en masse les applaudir.
Setlist :
Blood's on Fire
ESSEFF
Shudder
Hurt You
Symbol System
One by One
Amira Elfeky - Mainstage 2 - 12h50 :
Le metal nouvelle génération à l'ère de TikTok
Dilemme pour nous ce matin : choisir entre le rock-blues old school des Suisses de Dirty Sound Magnet, passés quelques jours plus tôt au Grand Paris Sludge, ou céder à la curiosité autour d'Amira Elfeky. Sa popularité grandissante sur TikTok, ses featurings (notamment sur le dernier et très bon Architects), et son image de nouvelle star de la scène metal moderne nous ont finalement attirés vers la Mainstage.
L’Américaine originaire de Californie arrive pour une trentaine de minutes, vêtue d’une robe design laissant apparaître des motifs de cartes de jeu, le tout dans un style gothique soigné. Sa voix cristalline et puissante capte immédiatement l’attention. Les hauteurs qu’elle atteint sont impressionnantes, et on comprend pourquoi sa fanbase s’agrandit chaque semaine.
Mais derrière cette présence scénique et cette voix singulière, les chansons ne marquent pas. Pas de refrains qui restent en tête, pas de moments mémorables. Les morceaux s’enchaînent dans un son metal moderne surproduit, propre mais manquant cruellement de personnalité, ou d’audace. À force de vouloir plaire à tous, le set laisse une impression de déjà-vu, malgré quelques riffs metalcore qui surgissent ponctuellement pour réveiller l’assemblée. On note tout de même un côté planant de chansons qui rappelle par plusieurs fois une influence très neo-metal des Deftones.
On apprécie cependant les quelques interactions avec le public, notamment lorsque le guitariste multiplie les cœurs et les sourires complices vers la fosse. Malgré ces efforts, on reste tout de même un peu sur notre faim. Alors que le set se termine sans réel moment marquant, on se dit que cette hype est peut-être un peu prématurée. Pour nous, ces trente minutes sous 40 degrés auraient sans doute pu être occupées autrement. Reconnaissons quand même qu’Amira a déjà au moins le look d’une future tête d’affiche.
Setlist :
Intro
Take Me Under
secrets
Coming Down
Everything I Do Is For You
Forever Overdose
Save Yourself
Numb
A Dozen Roses
Will You Love Me When I’m Dead
Tonight
All of me

The Warning – Mainstage 1 – 15h05
Le prochain grand trio de l'histoire du rock ?
S’il y a bien un groupe qui connaît une ascension fulgurante, c’est The Warning. Originaires du Mexique (et elles vous le rappellent si vous ne le voyez pas dès les premières minutes), les sœurs Villarreal - Daniela (guitare, chant), Paulina (batterie) et Alejandra (basse) prennent d'assaut la Mainstage. Malgré déjà quatre albums de qualité, l’explosion du groupe est récente. Les frangines avaient notamment commencé sur YouTube avec des reprises de Metallica en 2013/2014 alors qu’elles n’étaient même pas toutes adolescentes.
Leur dernier album, Keep Me Fed (2024), explique pour beaucoup cette ascension. On y retrouve un rock alternatif aux accents heavy, avec des refrains catchy dans la lignée d'un Royal Blood à son meilleur. Leur ascension a aussi été portée par des premières parties sur les tournées de groupes majeurs, notamment en 2023 avec Muse, qui joue d’ailleurs ce même samedi. Un groupe dont les musiciennes revendiquent pleinement l'influence. Ça se ressent d'ailleurs directement en live et bizarrement, aucun festivalier ne leur a reproché.
Sur la scène aujourd’hui, pas de décor inutile. Juste trois sœurs complices, instruments en mains, livrant un set brut et authentique. Si certains morceaux sonnent radio-friendly en studio comme "More", leur musique prend une dimension bien plus heavy en live. Leur son flirte même parfois avec du pur metal, sans artifice ni correction. Et ça, on ne s'y attendait pas. Le son de "Sharks", est par exemple encore plus lourd en live et la chanson secoue littéralement le pit dans tous les sens.
Il est impossible de passer à côté de la basse d’Ale en live. Ses lignes de basse ajoutent un poids et une profondeur qui ancrent chaque morceau. Elle apporte également une couleur supplémentaire aux morceaux avec des techniques créatives parfois peu utilisés à la basse comme des bends (le fait de tirer sur les cordes). Du rarement vu dans le genre (même si c'est beaucoup plus courant à la guitare typiquement).
Derrière les fûts, Paulina maintient quant à elle une rythmique implacable tout en assurant des harmonies vocales maîtrisées. D'ailleurs, les trois musiciennes chantent à la fois simultanément et chacune de leur côté. Ce qui apporte une vraie dimension live aux morceaux et met en valeur les voix de chaque artiste. Une preuve de tout ça ? Ecoutez la chanson prétendument commerciale "Hell You Call A Dream" dans le live Arte.

Quant à Dany, en plus d'assurer au chant avec un timbre puissant et légèrement éraillé, elle est aussi une véritable passionnée de guitare. Ses riffs et solos, toujours précis et accrocheurs, marquent systématiquement le public. Malgré le set de 40 minutes, elle utilise exactement cinq guitares. Chacune apportant une couleur différente aux morceaux. Il faut dire qu'elle possède de vrais petits bijoux : outre ses "Strat" Fender, on peut notamment remarquer une guitare Manson jaune offerte par le fan Matthew Bellamy et qu’elle utilise sur "Más Quieres". Mais la plus belle d'entre elles est sans aucun doute la magnifique PRS rose violet ornée de fleurs sur le manche. Visible sur "Disciple" et "ERROR", l'instrument est également un cadeau de la guitariste australienne Orianthi (Alice Cooper, Michael Jackson).
Musicalement, le groupe parvient à reprendre l’énergie brute des classiques du rock et du metal des dernières décennies tout en insufflant une fraîcheur unique, avec une touche mexicaine qui pimente sa performance. Pas étonnant que la captation Arte soit devenue le live le plus visionné de cette édition du Hellfest. Alors que "Automatic Sun" finit le show en beauté, on se dit que quarante minutes c'est bien trop court pour ces trois rockeuses.
Si Keep Me Fed n'avait pas suffi, ce concert nous a quand même bien rassasié. The Warning s’impose déjà comme l’un des prochains grands trios rock de sa génération. Qui sait et on le lui souhaite, peut-être même comme l'ont été des groupes comme Rush, Nirvana, et Muse en leur temps. On a hâte de découvrir le prochain album, qui est déjà en préparation. Le rendez-vous dans les grandes salles est pris.
Setlist :
Intro 404
S!CK
Qué Más Quieres
Escapism
MORE
ERROR
Sharks
DISCIPLE
Hell You Call a Dream
EVOLVE
Automatic Sun
Sowulo - Temple - 18h40
Un neo-folk innovant et lumineux
Entre deux concerts de rock et un soleil de plomb, on décide de tenter un concert à l'improviste sous la tente de la Temple qui nous intrigue particulièrement. Il s'agit d'un projet de dark-folk, du nom de Sowulo. Derrière ce nom se trouve en fait Faber Horbach, musicien néerlandais passionné par les traditions païennes et la nature. “Sowulo” signifie d'ailleurs “soleil” en proto-germanique, un symbole d’énergie et de lumière que l’on retrouve dans ses compositions, conçues comme de véritables voyages spirituels.
Et cela se ressent dès les premières minutes sous la Temple. Mais contrairement à d'autres formations pagan-folk parfois trop cérémonielles, Sowulo propose un set très dynamique. Il n'est jamais ennuyeux, grâce à un usage malin des percussions électroniques et à un véritable mur de son riche en couches instrumentales. C'est assez loin d’un Heilung ultra solennel et ritualiste ou d’un Wardruna beaucoup plus contemplatif. Ici, le groove est une composante majeure de la musique, rendant l’expérience bien plus vivante et entraînante pour le public.
Ce qui frappe, c’est la variété et la beauté des instruments utilisés sur scène. La harpe, instrument rare en live, capte instantanément l’attention par ses résonances célestes, tandis que la violoniste, concentrée et lumineuse, apporte des mélodies entêtantes qui s’élèvent au-dessus du rythme tribal. Les flûtes, le nyckelharpa (cousin de la vielle à roue) utilisé par Faber et les chants traditionnels font de chaque morceau une vraie expérience. On sent par ailleurs l'énorme respect, voire la fierté qu'éprouvent les musiciens à jouer leur musique.
Surtout, les ambiances varient en permanence : moments calmes et contemplatifs, rythmes martelés aux percussions, chœurs incantatoires, solos de harpe, jusqu’à cette fin de set où les artistes deviennent littéralement “hectiques”, tels des esprits en transe, incarnant des figures monstrueuses dans une atmosphère que l’on n’avait pas vu venir. Un moment nous a aussi particulièrement marqué : Faber Horbach qui brandit un carnyx (une corne de guerre celtique ornée d’une tête de dragon) avant d’y souffler un appel grave et puissant. Son son archaïque résonne dans toute la Temple, et plonge le public dans une atmosphère saisissante.
Le set se conclut par un nouveau morceau encore jamais joué "Āsteorfan", qui ne sortira que la semaine suivante, et qui rappelle les magnifiques bandes originales médiévales de jeux et séries tels que The Witcher. Finalement, on retient à la fin du set qu'on a assisté à quelque chose de beau et de lumineux avec Sowulo. Une expérience apaisante, immersive, qui respire cette spiritualité païenne. Après des heures de guitares saturées, ce break musical fait du bien. Une offrande qui prouve qu’il est toujours intéressant de s’ouvrir à des genres auxquels on n’aurait pas pensé en festival. Les curieux qui sont passés par là n'ont pas regretté.
Setlist :
Rainbow Meat
Tropical Beaches, Inc.
I Am Dog Now
Why
Pamela
Shame
Frownland
Slaughterhouse
Tape
The New World
Masc
Funny Man
Dallas Beltway
Garbage Man
Epica - Mainstage 2 - 19h
L'art de rester professionnel
Pionnier du metal symphonique néerlandais, Epica, portée par la charismatique mezzo-soprano Simone Simons, revient en habitué au Hellfest . Au programme du jour, un set équilibré entre classiques incontournables et extraits de son dernier album Aspiral. Le public est nombreux malgré la chaleur (40 degrés malgré la soirée). Et surtout, il est prêt à headbanguer comme il se doit, entre les growls de Mark Jansen et les envolées lyriques de Simone.
Sur scène, la production se veut plus minimaliste qu’à l’accoutumée : finis les cobras géants, place à une scénographie épurée appuyée par des écrans LED aux visuels futuristes. La pyrotechnie reste bien présente, ponctuant les refrains et breakdowns de gerbes de feu et de petits feux d’artifice. Cela ajoute de la chaleur à celle, écrasante, déjà bien présente dans l’air. Les artistes ont vraiment bien du courage.
La principale attraction du set : Simone Simons, évidemment, qui attire tous les regards, rappelant qu'elle est aussi égérie pour une grande marque de luxe française. Son style du jour : une nouvelle coiffure avec une queue de cheval, des lunettes futuristes (marque en gros affichée sans complexe) et une tenue combi-cuir noir façon queen disco-techno. Beaucoup se demandent d'ailleurs autour de nous comment elle arrive à tenir dans cette fournaise.
Mais malgré quelques moments de souffle court et l'impression plusieurs fois qu'elle souffre intérieurement, elle arrive à rester très professionnelle et à délivrer ses parties vocales parfois très techniques. Comme toujours l'interaction avec le public est là, tout comme les plaisanteries avec les musiciens. Pareil pour Mark, fidèle à lui-même, qui enchaîne riffs de guitare et growls tout sourire. Mais lui aussi semble avoir envie de se mettre rapidement sous une douche bien glacée.
Crédit Photos : Florentine Pautet pour Hellfest Productions
Aussi fait notable, de nombreux jeux de scène, souvent prévus mais qui dynamisent le show. Par exemple, ces quelques pas de danse quasi-reggaeton de la part de Simone sur le break de l’éternel “Cry for the Moon”. Un morceau que le groupe semble vraiment jouer par habitude, plus que par envie. Clin d’œil amusant : Coen Janssen, le claviériste à l’énergie débordante, traverse sur ce morceau la scène pour aller jouer avec son keytar sur l’autre Mainstage voisine, offrant un moment fun et participatif au public déjà placé pour Muse de l'autre côté.
La remarque est d'ailleurs la même pour “Beyond The Matrix”, un titre devenu un incontournable des setlists, mais qui par son côté cheesy et fédérateur, frôle le cliché. Pas de prise de risque non plus sur le final, c'est le classique "Consign to Oblivion" qui vient finir le concert avec son traditionnel wall of death. Ce qui ne surprend plus personne.
Les morceaux de Aspiral passent vraiment bien l’épreuve du live, notamment le très mélodique “Fight to Survive”, dont le break et le solo en montée/descente de gammes d’Isaac Delahaye déclenchent des headbangs synchronisés. L'intro power-metal "Cross the Divide" est elle aussi une entrée en matière qui donne envie d'assister au concert. Seul bémol : la très mauvaise “T.I.M.E”, qui, même en studio, n’aurait sans doute jamais dû voir le jour, et qui peine logiquement à trouver sa place en live. Les fans de longue date savourent quant à eux le retour de l'ancienne “The Last Crusade” dans la setlist. Toutefois l’intro martiale de la chanson ne déclenche pas immédiatement l’enthousiasme d'un public sûrement un peu moins averti.
Enfin, évoquons le backing track symphonique et le clavier, trop discrets dans le mix. Ce manque de parties symphoniques donne parfois un aspect générique à certains passages, soulignant la difficulté pour Epica de traduire un son ultra-produit en live. Pourtant, la prestation reste ultra professionnelle, et très bien calibrée (voire un peu trop ?). Les musiciens sont impeccables, les transitions fluides, et on prend finalement toujours plaisir à redécouvrir les chansons de ce pilier du metal symphonique dans un cadre aussi grandiose.
Crédit Photos : Florentine Pautet pour Hellfest Productions
Setlist
Cross the Divide
Victims of Contingency
The Last Crusade
T.I.M.E.
Arcana
Unleashed
Fight to Survive
Cry for the Moon
Beyond the Matrix
Consign to Oblivion
The Hu - Mainstage 1 - 20h35
Le heavy mongol qui embrase la mainstage
Qui a oublié le passage de The Hu sous la Temple en 2023 ? La la tente était bien trop petite pour contenir les huit artistes et leur musique mêlant si bien hard rock et musique mongole traditionnelle. Cette année, The Hu a enfin la Mainstage qu'il mérite. Les artistes ne sont plus confinés et occupent cette fois bien l'espace. Et dès les premières notes de "Upright Destined Mongol", le résultat est sans appel. Le heavy mongol a bien envahi le festival.
Emmené par Galbadrakh "Gala" Tsendbaatar au chant diphonique et au morin khuur (violon à tête de cheval), le groupe est composé de Nyamjantsan "Jaya" Galsanjamts (chant classique), Enkhsaikhan "Enkush" Batjargal (morin khuur) et Temuulen "Temka" Naranbaatar (tovshuur, un luth mongol). Ces instruments, utilisés autrefois pour accompagner les contes et les épopées des steppes, trouvent ici une nouvelle dimension. The Hu joue en effet sur scène avec un groupe de support (percussions traditionnelles, batterie, basse et guitare). Ce qui permet d'ajouter cette dimension hard-rock au live.
Dès les premiers morceaux, les “hu hu hu hu” repris par la foule deviennent un cri de ralliement. Les guitares et la basse renforcent les lignes mélodiques ancestrales du morin khuur, pendant que le tovshuur ajoute des motifs rythmiques secs et tribaux. Le chant diphonique (khöömii) impressionne toujours autant. Gala et Enkush maîtrisent cet art unique qui leur permet de produire simultanément des sons graves et des harmoniques aiguës. Ce qui donne l’impression d’entendre plusieurs voix à la fois.
Le moment le plus fou du set arrive lorsque The Hu reprend “The Trooper” d’Iron Maiden dans le style du sextette anglais, entre guimbarde et riffs heavy. Les pogos et slams s'enchaînent alors dans une fosse survoltée. Outre ses classiques qui font mouche tels que "Wolf Totem" et "This is Mongol", le groupe joue également “Chi Bishee”, une nouvelle chanson. Ce morceau du prochain album fonctionne vraiment bien avec un jeu de cordes particulièrement impressionnant et un refrain punchy.
Plus qu’un concert, The Hu offre une immersion totale dans la culture mongole. Même sans comprendre les paroles, on ressent la fierté, l’énergie et l’esprit de conquête qu’elles portent. Tels des héritiers du Khan prêts à galvaniser leur peuple avant la bataille. D'autant que la pyrotechnie très impressionnante de la Mainstage renforce la puissance guerrière de leur show.
Fondé en 2016, The Hu s’est d'ailleurs imposé comme le premier groupe metal à avoir été reconnu "artiste pour la paix" par l’UNESCO (en 2022) pour son rôle dans la préservation et la transmission de la culture mongole. Ce show a confirmé leur statut. The Hu est donc désormais un incontournable du festival qu'on imagine voir revenir très régulièrement.
Setlist
Upright Destined Mongol
Tuurugdul (Lost)
The Same
The Gereg
Grey Hun
The Trooper (Iron Maiden cover, version heavy mongole)
Black Thunder
Chi Bishee (nouveau morceau, joué pour la première fois en France)
Yuve Yuve Yu
Wolf Totem
This Is Mongol
Within Temptation - Mainstage 2 - 21h45
Des hymnes fédérateurs et une énergie résolument optimiste
Within Temptation est bien l'un de ces groupes qui a su se renouveler au cours de sa déjà très longue carrière. Musicalement, le combo néerlandais alterne désormais entre son nouveau son plus orienté metal moderne et pop, tout en conservant ses classiques de rock-metal symphoniques. Un mélange qui permet de satisfaire à la fois les fans de la première heure et les curieux venus découvrir le groupe.
Dès son arrivée sur scène, sur le récent et avec le titre "We Go To War" Sharon den Adel, la chanteuse néerlandaise capte tout suite l'attention l’attention. Elle apparait en effet dans une robe sur laquelle elle se drape d’un drapeau français ( un détail qu’elle adapte selon les pays). D'ailleurs comme à chaque tournée, sa tenue est renouvelée, cette fois-ci pour un mélange de rouge et de noir. Rappelons au passage que Sharon ayant une formation de design, elle conçoit elle même ses tenues.
Si vous aviez eu la chance de voir Within Temptation à Paris cette année, vous aurez remarqué quelques différences dans la setlist pour ce Hellfest. Avec grand plaisir, on note le retour de “In the Middle of the Night” et de la ballade “Lost”, deux morceaux qui manquaient à Paris et qui apportent un équilibre parfait entre puissance (pour le premier morceau) et émotion au set (pour le second).
Côté production, Within Temptation reste l’un des groupes proposant les shows les plus ambitieux de la scène metal. Les Battaves ont pour l'occasion gardé la même production que sur leur dernière tournée européenne. On retrouve donc les piliers antiques devant les écrans derrière la scène, le jeu de lumières calé au millimètre et les visuels immersifs, ainsi que les chandeliers perchés. Preuve que le groupe soigne toujours autant le fond que la forme.
Crédit Photos : Florentine Pautet pour Hellfest Productions
Sharon, comme d’habitude, impressionne par son énergie et la justesse de sa voix, qui ne faiblit pas malgré les années. Mais ce qui marque aussi depuis quelques années, c’est son engagement sur scène. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Sharon utilise la scène pour faire passer des messages de paix et rappeler l’importance de la solidarité et de la démocratie. "Je n'aime pas qu'on nous dise quoi penser", scande t-elle à la foule juste avant d'entamer "Don't Pray for Me". La Néerlandaise profite également du show pour faire la promotion de son documentaire en Ukraine ou elle est elle même allé jouer en Ukraine pendant la guerre.
Musicalement, Within Temptation possède ce sens de la mélodie et des refrains fédérateurs. Les chansons touchent immédiatement les spectateurs, même les moins initiés. Pour une fois, les guitares sept cordes de Stefan Helleblad et Ruud Jolie sont assez mises en avant dans le mix, là où la voix de Sharon prenait souvent trop les devants, avec des riffs modernes biens lourds comme sur "Bleed Out". Le son sur ce type de morceau flirte même avec le djent grâce à des guitares accordées très bas. Mais paradoxalement ce son donne aussi une nouvelle dimension aux anciens titres ("Solemn Hour", "Stand My Ground", "Mother Earth") re-visités par cette patte plus moderne.
Autre nouveauté : l’arrivée de Vikram Shankar aux claviers, artiste déjà remarqué aux côtés du groupe de metal progressif Pain of Salvation l’an dernier (dans un tout autre registre!) pour son premier Hellfest. Ici encore, il se fond parfaitement dans l’univers Within, apportant nappes et orchestrations subtiles sans jamais en faire trop.
Le set se termine sur le classique indéboulonnable "Mother Earth", qui rappelle le côté féérique et fantasy qu'avait le groupe à ses débuts. Within Temptation a encore prouvé qu’il reste un groupe metal grand public de référence. Et il auroa sûrement encore séduit de nombreux festivaliers ce soir. Pour avoir vu de nombreuses fois le groupe en live, cette performance est peut-être même la plus aboutie de toutes.
Crédit Photos : Florentine Pautet pour Hellfest Productions
Setlist
Muse - Mainstage 1 - 23h00
Pari réussi ou Hors sujet ?
Reprendre du Gojira en plein Hellfest rend-il son groupe metal ? Vous avez quatre heures.
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Encore une fois, il a fallu batailler pour assister à tous ces concerts et tenir dans la durée avec des températures frôlant les quarante degrés. Après un peu de repos, on vous donne rendez-vous donc demain pour la journée du samedi. Une journée qui rendra hommage au metal progressif, et à des grandes figures du rock. A partir de demain également, davantage d'incursions côtés Warzone et Valley...
Photos : Florentine Pautet pour Hellfest Productions (Castle Rat, Epica, Within Temptation) et Sara Jisr/@GroovyMochi (photos d'ambiance)
Toute reproduction interdite sans l'autorisation des photographes.






























