Comment mieux commencer le mois de février qu'avec un concert de Biffy Clyro ? Juste avant la Chandeleur, le groupe écossais investit l'Olympia pour un concert archi complet, muni de son excellent dernier album Futique.
Bartees Strange
La salle est déjà conséquemment remplie pour le set de Bartees Strange. Le musicien états-unien né en Angleterre se produit seul, armé seulement d'une guitare acoustique puis d'une guitare électrique. Côté mise en scène, difficile de faire plus sobre : le bonhomme est assis sur un tabouret, quatre projecteurs orange l’illuminent d'une douce clarté d'aurore, tandis que le grand rideau qui cache l'installation de Biffy Clyro s'agite doucement.
Capter l’attention seul avec une guitare, ce n'est pas évident. Il explique d’ailleurs que c’est la première tournée où il se produit ainsi seul, étant d’habitude entouré de quatre ou cinq musiciens – ses disques, qui brassent indie rock, soul, hip hop sont aussi interprétés avec plusieurs instrumentistes. « Quand Biffy Clyro m’a demandé de venir jouer comme ça, j’ai demandé vous êtes sûrs ? »
C'est bien exécuté, mais sur certains morceaux, l'ensemble semble un peu mou et un peu pleurnichard. Au fil du set, cela devient cependant relativement plus intéressant, avec semble-t-il plus de conviction, plus de saturation, plus de présence. Notamment à partir de son single « Sober », où la progression d’arpèges à la guitare est très remarquée et qui finit dans un scream retentissant.
Le public en tous cas réserve un bon accueil au musicien, applaudissant chaleureusement à la fin des titres et poussant même des hourras sur certains passages. Au final, la prestation n’est pas inintéressante, même si elle ne nous captive pas fondamentalement, et le public a l’air enjoué à son écoute. La prise de risque semble donc avoir été payante.
Biffy Clyro
Biffy Clyro revient à l’Olympia après sa précédente date en 2022. Contrairement à celle-ci, le concert est cette fois complet, et cela se sent. Progressivement, la musique d’attente anodine prend de l’ampleur et attire peu à peu l’attention. Elle se transforme en bande-son électronique industrielle pleine de distorsions, jusqu’à devenir franchement désagréable. Cela réveille en tous cas le public qui se met à applaudir et scander des slogans.
Quand le noir se fait, on distingue dans la pénombre des silhouettes qui s’installent sur des structures de différentes hauteurs. Et puis, la lumière se fait, le show se lance, dévoilant deux nouveautés. Tout d’abord, le groupe a beaucoup plus de scénographie qu'auparavant : une grande plateforme à plusieurs étages, reliés par des escaliers, permettant aux musiciens mobiles des montées et descentes d’escaliers. En fond de scène, un rideau de lanières qui occulte partiellement de gros projecteurs rectangulaires.
Ensuite, alors que le trio originel est depuis longtemps quatre en concert, ce soir, ce sont carrément sept musiciens qui occupent l’espace. Outre les membres originels, le chanteur guitariste Simon Neil et le batteur Ben Johnston, se trouve la bassiste Naomi MacLeod, déjà vue dans Empire State Bastard, le jouissif projet parallèle dans lequel Simon Neil avait invité la légende de la batterie Dave Lombardo (ex Slayer) – le concert à l’Alhambra est encore dans nos mémoires. Elle remplace sur cette tournée le jumeau de Ben, James, absent pour soigner des problèmes d’addiction et de santé mentale. A ses côtés, le guitariste de longue date Mike Vennart, présent depuis longtemps aux côtés du groupe – et cofondateur d’Empire State Bastard. Et pour compléter le tout, un claviériste, Richard "Gambler" Ingram, une violoniste Ailbhe Clancy, et une altiste, Annemarie McGahon.
Le groupe a confiance en son dernier album en date, l’excellent Futique, puisqu’il attaque le set avec d’emblée deux titres de celui-ci, « A Little Love » puis « Hunting Season », dantesques. Le public chante à peu près dès la troisième phrase. La tension augmente encore d’un cran sur « The Golden Rule », tiré d’un des albums classiques du groupe, Only Revolutions (2009), et sur le titre suivant « Who ‘s got a Match », issu du précédent album Puzzle, c’est la folie. Folie compréhensible tant la chanson, bondissante et entêtante, déclenche d’irrésistibles envies de sauter partout. Il semble étonnant que le groupe ralentisse ensuite immédiatement la pression avec deux ballades, « Shot One » et « Space », mais le public semble apprécier et repart au quart de tour dès que les choses s’énervent de nouveau avec « Wolves of Winter ».
Le combo écossais fait honneur à son dernier né avec sept titres présents, et ceux-ci, puissants et énergiques, passent haut la main l’épreuve du live, même si les ballades sont un poil plus convenues. Pour la joie de nombreux fans qui ont découvert les Ecossais avec cet album, Only Revolutions est présent avec cinq titres – il faut dire que l’album est particulièrement épique. Son successeur, le très cinématographique Opposites, en a droit à trois.
Le groupe a le bon goût de ne sortir qu’un titre d’Ellipsis, sorti en 2016 et probablement l’album le plus mou du groupe. Coup de chance, il s’agit d’un bon titre, « Wolves of Winter », de surcroît réarrangé de façon beaucoup plus agressive. Il est cependant dommage que les trois premiers albums ne semblent plus du tout exister. Certes, ils étaient plus expérimentaux, plus distordus, moins immédiatement accrocheurs que les suivants, mais leur rage s’intégrerait extrêmement bien au set.
Mais entre sa mise en scène et sa formation à sept, le groupe perd en rage brute ce qu’il gagne en ampleur et en sens du spectacle. Le vocaliste et les violonistes se succèdent sur les escaliers et les différents niveaux de plateforme, venant aussi rendre visite au batteur, ce qui apporte du dynamisme. L’apport des cordes, présentes sur la majorité des chansons, est plaisant, plus ou moins perceptible selon les titres, permettant sur certains de reproduire en live les cordes saccadées qui parsèment la discographie du groupe – le meilleur exemple étant probablement « Living Is a Problem because Everything Dies », apportant ailleurs une atmosphère un peu différente. L’apport du clavier est plus discret mais participe aussi à créer des ambiances parfois intrigantes, parfois distordues. Le son presque d’orgue en introduction du magnifique « Different People » est saisissant. Et aux chœurs habituels de Ben Johnston, s’ajoutent ceux de la bassiste, qui, quand ils parviennent à se distinguer des autres, apportent encore un élément supplémentaire.
Surtout, la musique du combo sur ces vingt dernières années est clairement taillée pour le live, ne serait-ce que par ses chœurs écrits pour être repris avec force par le public et ses gimmicks de guitare ultra reconnaissables. Malgré certaines tentatives plus pop sur les derniers albums, Biffy Clyro reste incontestablement un groupe de rock sur scène – ce n’est pas un hasard si un second guitariste est présent depuis des années. Si on peut regretter un poil trop de ballades, celles-ci sont souvent réarrangées par rapport à la version studio et parfois plus poignantes – là encore, violon et alto font des merveilles. De plus, certains titres sonnent beaucoup plus massifs et agressifs sur scène, ce qui comblera certainement les fans de la première heure.
L’ambiance est d’ailleurs survoltée tout au long du set. Il y a beaucoup de Britanniques, notamment d’Ecossais ce soir dans la salle. Normal, nous rappelle notre photographe, là-bas le groupe est tellement gros qu’il ne fait plus que des arenas, il faut donc venir jusqu’en France pour en profiter dans une salle à taille plus humaine. Est-ce grâce à eux que l’Oympia affiche complet ce soir, ou grâce au passage du trio dans Taratata en fin d’année dernière ? En tous cas, les gens chantent les paroles souvent dès le premier couplet - le frontman se dispense parfois de chanter certains refrains les plus connus pour les laisser s'exprimer-, sautent sur certains morceaux, des slams apparaissent rapidement au centre. Et entre les titres, le public scande régulièrement les slogans habituels du groupe, « ’Mon the Biff » et « Biffy Fucking Clyro ».
Le frontman parle un peu au public, sans en faire des tonnes. Il n’a de toute façon pas besoin de demander de l’animation, la fosse s’en charge toute seule. Il dédie la chanson « Friendshipping » à James Johnston, absent pour la première fois d'une tournée. Son frère Ben prendra aussi la parole.
Pour couronner le tout, le son est très bon et le travail à la lumière très beau, avec des teintes rouges dans un premier temps, puis changeantes, instaurant des atmosphères un peu oniriques, en partie grâce aux grands projecteurs d’arrière-scène, et jouant entre les lumières globales et les spots qui mettent en avant certains musiciens.
Biffy Clyro revient pour le rappel avec cinq chansons, mi Puzzle mi Only Revolutions, qu'il entame avec la ballade « Machines » assis en haut de l’escalier, avec Neil au chant et à la guitare, Johnston aux chœurs et la violoniste Ailbhe Clancy. Le public se déchaîne de nouveau avec « The Captain », et le combo mène son set jusqu’à la conclusion en douceur avec « Many of Horrors ». Le groupe aura livré une excellente prestation, se montrant à la hauteur de ses ambitions de mise en scène et de sa réputation scénique.














































